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Cinquante
ans après ses premiers pas, la pratique théâtrale nationale peine à s'ancrer
en tant qu'activité artistique à part entière.
Le
théâtre national peine à prendre son envol. Souvent démuni de ressources et
enfermé dans un amateurisme quasi-structurel, le théâtre marocain paraît,
selon les professionnels, "incapable de s'affirmer et favoriser une expérience
théâtrale professionnelle". Les lacunes juridique et administrative
auxquelles se heurte le secteur y sont pour beaucoup.
"Les
revendications des professionnels du théâtre tardent toujours à être
satisfaite", a confié à la MAP le président du syndicat national des
professionnels du théâtre Hassan Nafali, à l'occasion de la Journée mondiale
du théâtre.
M.
Nafali déplore "le peu de cas que font les instances compétentes des
attentes des dramaturges", appelant à la dynamisation de la loi de
l'artiste, promulguée en 2003 et la convention de partenariat signée entre le
département de la culture et l'Alliance des Marocains pour la culture et les
arts portant sur la couverture sanitaire. Il plaide aussi pour la promulgation
d'un décret relatif à la carte professionnelle de l'artiste.
"Ces
revendications ne peuvent se concrétiser que si les décideurs conçoivent le
secteur culturel et artistique, en premier lieu le théâtre, comme étant un
domaine global qui engage l'ensemble des acteurs gouvernementaux et de la société
civile", a-t-il affirmé.
Pour
le président du syndicat national des professionnels du théâtre, le 4-ème
art national a, toutefois, connu ces dernières années l'émergence d'une
nouvelle génération de créateurs, lauréats des Instituts du théâtre
amateur, qui oeuvrent sans relâche aux côtés de la génération des pionniers
pour présenter des oeuvres dramaturges
traitant avec professionnalisme certains aspects de la vie quotidienne du
citoyen.
C'est
là un témoignage partagé par de nombreux critiques qui sont unanimes à
souligner que, sur le plan quantitatif, "l'on a assisté au cours des deux
dernières décennies à une certaine floraison" de ce secteur. Ils
estiment que les efforts combinés des différents acteurs ainsi que le maintien
des liens tissés entre la génération des pionniers et celle des jeunes créateurs
a grandement contribué à promouvoir et à perpétuer un climat de créativité
dans le 4-ème art.
En
témoigne l'augmentation du nombre des troupes théâtrales qui a atteint plus
d'une trentaine, en même temps que le soutien de plus en plus substantiel
accordé du ministère de tutelle. La création dramaturge a accompli ces dernières
années un saut qualitatif tant au niveau national qu'international, a pour sa
part indiqué Jamal Eddine Dkhissi, directeur du théâtre national Mohammed V
lors d'une rencontre avec la presse tenue récemment à Rabat.
Le
théâtre marocain a remporté un franc succès dans certaines manifestations
internationales, a-t-il relevé. Au niveau interne, Dkhissi a rappelé
l'organisation de plusieurs manifestations locales et nationales, dont le
festival national du théâtre à Meknes, qui s'est érigé au fil des ans en
rendez-vous incontournable des dramaturges et des professionnels du secteur.
En
dépit de ces prouesses, le théâtre national est "toujours en
crise", eu égard au manque criant des auteurs de textes théâtraux, de
promoteurs de spectacle, d'encadreurs d'atelier d'écriture et d'art dramatique
ainsi qu'en matière d'infrastructures, de formation et de création.
Par
ailleurs, le nombre de Marocains qui se rendent au théâtre est restreint, en
raison de l'absence d'une culture ancrée de l'art de la scène. Et même ce
petit nombre de fans de l'art dramaturge ont tendance à bouder les scènes,
tant ceux-ci présentent des pièces théâtrales qui leur sont étrangères.
C'est
un public au goût raffiné en quête d'une véritable création qui reflète
ses soucis et relate son vécu et le rythme de son quotidien. Ces spectateurs ne
se retrouvent pas dans des scènes qui semblent faire l'impasse sur leurs préférences
pour sombrer dans la comédie. Une comédie de mauvais goût dans la majorité
des cas.
"Le
théâtre reflète l'angoisse existentielle de l'homme et perce le mystère de
la condition humaine. A travers le théâtre, ce ne sont pas les créateurs qui
s'expriment, mais la société contemporaine", écrit le dramaturge
mexicain Victor Hugo Rascon Banda, auteur cette année de la déclaration
internationale qui marque la célébration de la journée internationale du théâtre.
"Le
théâtre a des ennemis visibles: l'absence d'éducation artistique pendant
l'enfance, qui nous empêche de le découvrir et d'en jouir, la pauvreté qui
envahit le monde, éloignant les spectateurs des lieux de spectacles, l'indifférence
et le mépris des gouvernements qui devraient le promouvoir", a-t-il dit.
Khadija
Benhaddouch
27/03/2006
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