Pour cette
adaptation de la pièce de l’Américain Edward Albee, “Zoo Story”, quelques
jeunes doués nous ont donné une leçon de théâtre, même si nous trouvons à y
redire, car nous voulons qu’ils atteignent au sublime.
D’abord un mot sur l’auteur, c’est
tout simplement lui qui a écrit : “Qui a peur de Wirginia Woolf ?”, que le
cinéma a rendu superbement par le duo le plus explosif d’Hollywood Jim Burton et
Liz Taylor qui incarnaient un couple qui se déchire pour une chimère. Dans “Zoo
Story”, il y a aussi un couple de deux hommes mais celui-ci s’est noué par
inadvertance. Ils seront liés par une espèce de fatalité du hasard.
Sur la grande scène du théâtre se
trouvent un banc; et derrière, distribuées avec un grand sens de l’esthétique
scénographique, des silhouettes d’arbres géants. Un citadin, petit bourgeois
précieux, est assis dessus et lit un livre avec une application ridicule.
La musique qui enrobe cette scène
anodine est du genre à annoncer un malheur : elle est tribale, de celle qui
couvre les cris d’une victime humaine sacrifiée pour apaiser le courroux d’un
dieu impitoyable. Un vagabond à l’allure inquiétante se montre et dit : “J’étais
au zoo”.
Un énoncé banal, mais à bien y
réfléchir, il peut signifier aussi que ce couple fortuit est d’une humanité qui
va régresser. Toute la pièce est un jeu mi-cruel, mi-badin entre l’expression
d’une violence, et une tentative pleutre et résignée d’une politesse qui
voudrait la maintenir au niveau de l’échange de politesse impersonnelle.
Alors que Jerry, le pommé, cherche
une écoute complice, un intérêt quelconque pour ne pas sombrer dans la folie qui
surgit de temps en temps dans son propos mal conçu, nourri de détresse.
La pièce se cale entre une peur de
circonstance d’un monsieur “comme il faut”, face à une peur structurante et
insoutenable d’un homme habité par la haine pour lui et pour un monde qui le
ravale, qui lui ôte toute chance de s’humaniser, de vivre toute relation. Le
théâtre d’Edward Albee oscille entre absurde et expressionnisme. L’adaptation du
jeune metteur en scène Massoud Bouhcine est juste, car sans concession.
“Tu es marié, tu as deux filles,
deux chats et deux perroquets”. “Comment le sais-tu ?”. “Ça se voit”. Le
vagabond n’a personne et n’aime personne, même pas lui-même. Un funambule qui
avance, animé par ses seuls délires, à la recherche d’une rémission. “Je ne vais
rien te voler, je veux juste te dire ce qui s’est passé au zoo”.
Entre absurde et expressionnisme
Par curiosité, mais surtout par
routine, un peu par peur, le convenable écoute et fera des répliques clichés qui
énervent encore le voyeur, car il se sent floué par cette non écoute qui n’aide
à rien.
Malheureusement, une partie du
public, venue probablement pour voir autre chose que ce théâtre trop bien écrit,
a montré son incapacité à écouter, comme l’autre sur la scène, un redoublement
de l’insupportable.
Il s’éveillera, quand Jerry change
de tactique, pour mieux accrocher ce vis-à-vis creux par ses petites
suffisances, avec sa pipe qu’il tapote, et allume machinalement.
Jerry veut s’accaparer le banc de
celui qui l’a fait sien tous les dimanches après-midi. Une bagarre éclate,
disproportionnée, elle le sera encore plus quand Jerry sort son couteau. Un
homme va mourir, évidemment.
“Merci Monsieur”, dira Jerry en
agonisant, il a réussi enfin à impliquer quelqu’un dans sa vie, dans sa mort.
“Maintenant va-t-en, va rejoindre ta femme, tes filles et tes perroquets. Tu me
verras à la télévision, pendant les informations”.
Voici une pièce, de celles que nous
voudrions voir de temps en temps présentées par notre théâtre.
Une pièce qui a réuni le scénographe
le plus doué du moment Abdelmajid Al Hawas, deux comédiens qui révèlent des
capacités insoupçonnées que la mise en scène a exigées d’eux : Abdelaâti
Lambarki et Abdelkébir Regagna.
Faut-il dire, malheureusement, que
cette pièce n’a pas reçu de soutien. Pour la prochaine nous espérons plus
d’équité, pour que ses talents restes soudés par leur désir de l’exigence.
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