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Le
Festival off de Timitar a fait l’exception cette année par la tenue d’un
colloque autour de l’œuvre de Mohamed Khair Eddine, "l’écrivain
fondamental qui a intégré dans son oeuvre les mythes fondateurs de la
culture marocaine", enfant terrible, écrivain iconoclaste, écrivain de
l’exil, exilé de l’écriture, poète visionnaire, anarchiste bon vivant,
rêveur errant, philosophe de l’oralité....
Un
geste qui prend son sens dans le contexte général du Festival Timitar qui se
veut avant tout une vitrine des artistes d’ici. Pour ouvrir ses travaux, une
pièce théâtrale adaptée sur des textes choisis de ses œuvres a été
présentée le lundi 30 juin au théâtre plein air de l’Institut français
d’Agadir.
L’ombre
de Mohamed Khair Eddine plane sur Timitar. C’est le cas de le dire puisqu’un
jeune metteur en scène Abderrazzak Zitouny a voulu, après avoir rodé dans
la citadelle de Bernard Marie Koltès, côtoyer de plus près l’écrivain
rebelle au sens large du terme. Un hommage est consacré par Timitar, l’emblème
de la ville d’Agadir qui était le titre majeur d’un roman de Mohamed
Khaïr Eddine censuré à une époque où l’écriture était t synonyme de
procès.
Il
a fallu trouver une place au sein d’un événement comme Timitar pour donner
matière à réflexion autour de cet écrivain qui a su redonner à la langue
française un autre souffle et un imaginaire qui tient ses racines d’une
culture berbère et une expérience intérieure d’un homme criblé de
questions par rapport à l’existence et le sens d’une vie menée pour
affronter les démons de l’intérieur qui nous hantent jour et nuit.
Affronter l’œuvre de Mohamed Khair Eddine relève d’un défi. Surtout si
le meneur de cette expérience artistique tend vers une adaptation théâtrale
de ces œuvres. Une ligne directrice comme le fil d’Ariane a guidé le
metteur en scène pour la réalisation de cette fresque humaine qui s’intitule
"Fragments matériels d’une vie d’errance...", en se basant sur
plusieurs livres «Agadir», «Le Déterreur», «Légende et Vie d’Agoun’chich
» est son dernier livre posthume qu’il a écrit vers la fin de sa vie dans
la douleur atroce du corps et les séquelles d’une réflexion autour de la
mort: «On ne met pas un tel oiseau en cage."
La première représentation de cette pièce théâtrale qui a vu le jour la
veille de l’ouverture du festival, est le fruit d’une résidence
artistique d’un mois dans les locaux de l’Institut français d’Agadir. C’est
une création théâtre et musique franco-marocaine produit en partenariat
entre les Associations AFAK SUD (Agadir), Med Inspiration (Strasbourg) et le
Festival Timitar. Ce dernier a mis l’accent sur le fait que cette création
donne le coup d’envoi à un colloque dédié « à cet érudit de culture
universelle qui a lu les classiques et qui fait son pain quotidien de la
lecture des livres scientifiques. Khair-Eddine n’avait nullement besoin de
se servir ni des voix des déités de l’Olympe, ni de celle du diable à la
Faust, ni de celles des grands personnages de l’histoire universelle à la
Caligula; un tronc d’arganier séculaire ancré dans le roc, un reptile
assoiffé des zones arides du pays ou une campagnarde inculte qui se mouche le
nez du pan de son haïk sont capables de traduire sa pensée philosophant sur
l’être et le paraître, sur le logo et le praxis, sur les couleurs des mots
et sur la cacophonie de l’existence ».
Devant un parterre d’étudiants, de professeurs universitaires et d’artistes,
s’érige un décor minimaliste. Au milieu de la scène du théâtre à la
romaine, un arbre étrange comme les créations de Giacomité. Un bureau avec
une machine à écrire entouré de livres. Les valises prennent de la place.
Elles accompagnent les personnages dans leur pèlerinage plein de tourments.
1h05mn est la durée de cette pièce, donnant lieu à un dédoublement des
personnages pour accentuer la rage humaine d’un écrivain comme Mohammed
Khair Eddine. C’est un portrait dressé dans un univers mobile où le corps
est pris par le mouvement intérieur de l’esprit. Pour Abderrazzak Zitouny,
« cette mise en scène m’a permis d’afficher mon attachement à l’éclat
de sa puissance verbale. C’est une façon de le libérer de son propre mythe
de poète obscur pour le rendre à ses propres mots, à ses propres
suggestions…». Mais ce qui ne nous plonge pas dans la gravité d’une
telle situation aussi accablante que la rage de vivre d’un écrivain au sein
du danger, c’est ces moments de respiration pour le spectateur où
l’humour parfois noir mais éclairé par une joie profonde des
contradictions prend la place du drame.
Mohamed Khair Eddine est désormais éclairé par un autre regard d’un jeune
artiste qui se veut à la hauteur d’un tel monument. Un moment de création
pour une élite dans un lieu limité avant de s’ouvrir sur la grande scène
de Timitar.
Brahim Zarkani
02/07/2008
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