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Qu'il s'agisse de Madonna,
Sean Penn, des Dixie Chicks ou de Susan Sarandon, de nombreuses stars de la
musique et du cinéma américains qui ont osé publiquement s'opposer à la guerre
contre l'Irak commencent à en payer le prix au point d'être contraints, pour
certains, de faire amende honorable.
L'exemple le plus récent
concerne la chanteuse Madonna, qui vient de renoncer à sortir aux États-Unis le
clip vidéo de son dernier disque, American Life, au ton franchement anti-guerre.
«J'ai décidé de ne pas sortir
mon nouveau clip. Il a été filmé avant la guerre et je ne crois pas qu'il soit
approprié de le lancer en ce moment», a-t-elle expliqué dans un communiqué
publié sur son site internet. Madonna y affirme «son respect pour les forces
armées qu'elle soutient, et pour lesquelles elle prie».
Le clip d'American life,
chanson de l'album du même nom qui doit sortir le 22 avril, montre l'artiste
chanter, sur fond d'explosions et en tenue militaire, «je vis le rêve
américain». A la fin du clip, la chanteuse lance une grenade contre un sosie
impassible du président George W. Bush, qui s'en sert pour allumer un cigare.
Le tournage du vidéo-clip,
achevé à la mi-février, avait déjà à l'époque fait l'objet de critiques.
Madonna s'était défendue en se
déclarant «favorable à la paix» mais «pas anti-Bush ou pro-Irak». «J'ai écrit
une chanson et créé une vidéo qui expriment mes sentiments sur notre culture et
nos valeurs, sur les illusions du rêve américain dans lequel beaucoup de gens
croient», a encore précisé Madonna ce week-end.
La décision de Madonna a été
largement influencée par la crainte que sa carrière ne pâtisse de sentiments
anti-guerre exprimés dans une période de renouveau du nationalisme américain.
«Après tout, c'est une femme
d'affaires et elle a vu ce qui est arrivé aux Dixie Chicks», estime le
professeur de communication Sherry Bebitch Jeffe, de l'université de Californie
du Sud.
Les «Dixie Chicks», trois
musiciennes d'un groupe très en vogue de musique country, font l'objet de
violentes critiques pour avoir dénoncé lors de concerts le président George W.
Bush. Le 10 mars à Londres, la chanteuse du groupe, Natalie Maines, avait
déclaré sur scène qu'elle avait «honte» d'être du même État, le Texas, que le
président américain.
Devant le tollé, Natalie
Maines a dû s'excuser publiquement. «En tant que citoyenne américaine, je
présente mes excuses au président Bush car ma remarque n'était pas
respectueuse», a-t-elle déclaré sur le site internet du groupe.
Après «la déclaration de
Londres», les ventes de leur dernier disque, «Home», ont chuté, passant de 124
000 à 72 000 unités hebdomadaires.
Les acteurs qui ont critiqué
le président Bush n'ont pas non plus été épargnés par les critiques. Susan
Sarandon, connue pour son activisme politique, a été contrainte d'annuler une
rencontre caritative qui aurait pu générer «des divisions».
Dustin Hoffman, qui s'était
déclaré en février «contre les positions du gouvernement actuel» lors d'un gala
de bienfaisance à Berlin, a décidé de suspendre un discours pacifiste à Los
Angeles après avoir reçu des courriels menaçants.
L'acteur d'origine espagnole
Martin Sheen, interprète du président des États-Unis dans la série À la Maison
Blanche, a reçu une avalanche de protestations après avoir demandé plus de temps
pour les inspecteurs de l'Onu en Irak. Sans doute l'acteur hollywoodien le plus
mobilisé, il avait appelé dans une publicité télévisée les Américains à s'unir
contre la guerre.
Un autre acteur, Sean Penn,
qui s'est rendu en Irak plusieurs semaines avant le déclenchement des
hostilités, a déclaré que son opposition à la guerre lui avait récemment coûté
un rôle dans un film.
Quant au cinéaste Michael
Moore, qui avait profité de son Oscar du meilleur film documentaire pour crier
«Honte à vous, Monsieur Bush», il avait été hué par une partie du tout-Hollywood. |