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"Ce
sont des chansons de France", dit Mouss, ex-membre de Zebda, au sujet des
"chansons de l'immigration algérienne" qu'il fait revivre avec son frère
Hakim dans l'album "Origines contrôlées", et qui soulèvent la
question très actuelle de l'identité nationale.
"Origines
contrôlées" contient treize chansons écrites entre les années 40 et 80
par des Algériens immigrés en France, dont Dahmane El Harrachi, Mohamed
Mazouni, Slimane Azem, Aït Menguellet ou Matoub Lounès. Elles mêlent trois
langues, arabe, kabyle et français.
"Elles
ont été écrites en France par des immigrés et montrent que l'immigration a
une dimension culturelle réelle, qui joue son rôle dans l'identité française",
explique à l'AFP Mouss Amokrane.
"Ces
chansons sont la trace de cette histoire-là, écrite en temps et en heure par
ceux qui l'ont faite, ajoute-t-il. Affectivement, c'est très important pour
nous car c'est le répertoire de nos parents, et politiquement, on trouve ça
passionnant: ça nous renvoie à une réflexion sur notre identité, une identité
en mouvement".
Cet
album, nommé d'après un festival organisé à Toulouse, la ville des frères
Amokrane, a en partie été motivé par "un contexte politique
particulier": "C'est une façon d'entrer de plain pied dans ce qui n'a
été qu'un simili débat".
"Il
y a une manipulation politique du thème de l'immigration, juge Mouss. Avec
+Origines contrôlées+, le festival comme l'album, on parle d'une empreinte
culturelle, et tout à coup, c'est l'empreinte génétique qu'ils nous mettent
à la figure. On ne pensait pas qu'ils iraient aussi loin".
"Cette
vision stigmatisante, de clivage, est dangereuse: quand le gouvernement émet
l'idée qu'une partie de la population pourrait être soumise à des tests ADN
alors que ce serait éthiquement impossible à imaginer pour un Français, c'est
du racisme de base", assène-t-il.
"Pour
nous, la famille est culturelle, pas génétique. On n'est pas dans une logique
de droit du sang, poursuit-il. En posant cette question de l'identité, de
l'appartenance, on est bien plus républicain que celui qui va stigmatiser et
dire: +Pour être français, il faut avoir un béret et une baguette+".
Certaines
des chansons laissent entrevoir un sentiment ambivalent inspiré à leurs
auteurs par leur pays d'adoption et leur pays d'origine.
C'est
le cas de "La carte de résidence" de Slimane Azem qui, bien qu'écrite
dans les années 60, est toujours très signifiante puisqu'elle évoque la
question des papiers.
"Même
s'il parle de la souffrance des immigrés, des contrôles, il y a une vraie
affection, un attachement réel et une proximité presque familiale avec la
France quand il dit: +C'est vraiment dommage/Le racisme et le chômage/Heureusement
qu'il y a des sages/C'est le prestige de la France/C'est la raison d'espérance",
souligne Mouss.
Au
sein de Zebda ou des Motivé-e-s, lui et son frère ont toujours mêlé musique
et militantisme: "On veut le faire d'une manière pas dogmatique ni idéologique,
c'est pour ça que c'est fabuleux, la culture".
"Origines
contrôlées" a été enregistré avec sept musiciens, dont l'accordéoniste
Lionel Suarez, qui accompagne Jean Rochefort sur scène dans sa pièce
"Entre autres" au Théâtre de la Madeleine.
Mouss
et Hakim présenteront ces chansons lundi à Paris (New Morning), puis à
Strasbourg (24 novembre), Vienne (1er décembre), Saintes (7) et Nantes (8),
avant une tournée en 2008.
14/11/2007
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