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Yahoo!,
google, Microsoft et Cisco sont au banc des accusés pour avoir collaboré avec
les autorisées chinoises en fournissant des données de connexion permettant
d'identifier les internautes ainsi que leurs données personnelles utilisées dans les dossiers d'accusation pour les procès dont ils font
l'objet.
Le portail internet américain Yahoo! est accusé
par l'association Reporters Sans Frontières (RSF) d'avoir fourni à la police
chinoise des informations sur l'écrivain cyber-dissident Li Zhi. Ce dernier,
ancien fonctionnaire de la province de Dazhou (sud-ouest) qui dénonçait la
corruption au sein du gouvernement et publiait des textes subversifs sur
internet, a été identifié grâce à ses données personnelles obligeamment
fournies par Yahoo! China. Les documents du procès qui viennent d'être révélés
comportent en effet des éléments à charge tels que des e-mails de sa boîte
aux lettres chez Yahoo (libertywg@yahoo.com.cn) où il demande à adhérer au
Parti Démocratique Chinois, une organisation politique interdite en Chine. En
avril 2003, Li Zhi a été condamné en première instance à huit ans de prison
ferme pour "incitation à la subversion de l'Etat".
RSF indique que c'est la deuxième affaire qu'elle découvre sur Yahoo! en matière
de dénonciation d'intellectuels cyberdissidents. Le portail avait ainsi déjà
donné à la police les e-mails d'un journaliste activiste, Shi Tao, condamné
en avril 2005 à dix années de prison pour avoir "communiqué à l'étranger
des secrets d'Etat".
Yahoo! nie les faits, déclarant ne pas être pas au courant du cas du dissident
Li Zhi et affirmant que ces accusations de dénonciation sont une interprétation
déformée de ses pratiques. Le portail se justifie en précisant dans une réponse
un peu courte qu'il ne fait que répondre aux injonctions des autorités
chinoises, sans savoir pourquoi les données sont réclamées ni quelles charges
sont retenues contre ses clients. Reporters Sans Frontières demande à Yahoo!
de lui fournir la liste de tous les dissidents pour lesquels ont été donnés
des renseignements aux autorités. Selon l'association pour la liberté de la
presse, 49 cyberdissidents et 32 journalistes sont actuellement emprisonnées en
Chine pour avoir publié des articles ou des textes critiques sur le régime.
La plupart des filiales des grandes entreprises de l'internet cherchant à
s'implanter sur le marché Chinois sont confrontées au dilemme suivant: soit
collaborer avec les autorités chinoises et donc participer à la censure mise
en place par le régime, soit renoncer à leur présence dans le pays et donc au
2ème marché au monde dans ce secteur en plein développement. Google a dû lui
aussi se plier aux diktats de Pékin et a été critiqué récemment en raison
du filtrage obligé de certains sites web "indésirables" et mots-clés
politiquement sensibles -- Indépendance, Droits de l'Homme, Taïwan, Tibet,
FalunGong, etc... -- sur son moteur de recherche chinois. C'est également le
cas de Microsoft (qui supprime régulièrement les blogs dissidents sur sa
filiale MSN) ou de Cisco Systems (entreprise informatique qui fournit elle du
matériel et des programmes de contrôle du réseau) et de tous les autres
portails et annuaires de l'internet chinois tels Baidu ou Sohu pour les plus
connus, tous étroitement surveillés par un régime qui n'autorise pas la
liberté d'expression et d'opinion. Toutefois -- comme c'est également le cas
aux États-Unis en matière de lutte contre le terrorisme et la pédophilie --
il semblerait que Yahoo! et Microsoft collaborent beaucoup plus étroitement que
Google avec les autorités policières. Au-delà du filtrage des mots-clés
concernant la recherche de sites ou d'informations alternatives, ces deux dernières
entreprises semblent fournir en plus les données de connexion permettant
d'identifier les internautes socialement ou politiquement "déviants"
ainsi que leurs données personnelles, notamment les e-mails, qui sont ensuite
versés dans les dossiers d'accusation pour les procès dont ils font l'objet.
A Washington, des élus viennent à ce propos d'interpeller le Congrès sur la
responsabilité des quatre grandes sociétés américaines de l'internet (Yahoo!,
Google, Microsoft et Cisco Systems) qui, via leur filiales chinoises et pour de
simples intérêts financiers, portent ainsi directement atteinte aux Droits de
l'Homme. Reporters Sans Frontières, le Committee to Protect Journalists,
Amnesty International et Human Rights Watch notamment souhaitent que le
gouvernement américain établisse une loi "Code de bonne conduite"
obligeant les entreprises de l'internet à respecter la liberté d'expression et
d'information dans le monde entier, y compris dans les pays où la censure sévit.
Les quatre entreprises seront invitées prochainement par une commission
chargée des droits de l'homme et des affaires internationales à la Chambre des
représentants, afin d'être entendues sur leur responsabilité éthique en la
matière.
27/02/2006
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