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Les troubles de Ali Lamrabet se
multiplient mais ne se ressemblent pas. Le
directeur de publication des hebdomadaires Demain
magazine et Douman devrais désormais passer plus de temps dans les tribunaux et
les commissariats que devant l'écran de son micro-ordinateur. Non pas pour
couvrir des affaires en cours, mais pour répondre lui même à plusieurs plaintes
déposées contre lui, de surcroît par des collègues journalistes.
Plusieurs
plaintes ont été déposées par quarante journalistes du quotidien Al Ahdate
Almaghrebia contre Ali Lmrabet, pour un dessin paru dans Demain magazine, le 11
mai 2002, qui qualifiait la publication de "pornographique". Les journalistes
ayant pris le soin de ne pas déposer plainte dans les mêmes endroits, le
journaliste doit se présenter dans au moins six tribunaux différents pour des
audiences qui s'étalent, pour le moment, entre le 28 janvier et le 5 juin 2003.
"Il faudrait, pour pouvoir assister à tous ces procès, que le journaliste ait le
don d'ubiquité. Il ne peut, de toutes les façons, être jugé et condamné plus
d'une fois pour une même affaire", a déclaré Ahmed Benjelloun, son avocat. Pour
Ali Lmrabet, "c'est clairement une affaire politique".
Le 17 avril, alors qu'Ali
Lamrabet s'apprêtait à prendre un vol RAM (Royal Air Maroc), à l'aéroport de
Rabat, en direction de Paris, deux agents de la DST lui ont signifié qu'il était
interdit de sortie du territoire "sur instruction de la DST". Lorsque le
journaliste leur a demandé s'il y avait une décision judiciaire, ils ont répondu
par la négative.
"Nous sommes consternés par
une telle mesure. Aucune décision judiciaire ne la justifie. Que reproche-t-on
donc au journaliste, au point de l'interdire de sortir du territoire? Son
impertinence? Son
irrévérence?", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans
frontières. Le 16 avril, l'organisation a annoncé qu'elle enverrait, la semaine
prochaine, un de ses représentants au Maroc pour effectuer une mission d'enquête
sur les récentes entraves à la liberté de la presse.
L'homme vit
depuis plusieurs semaines sous
le coup d'un véritable harcèlement judiciaire. Le 1er avril 2003, il est
convoqué par la brigade judiciaire de Rabat (sur instruction du procureur du roi
auprès du tribunal de première instance de Rabat). L'interrogatoire porte -
durant cinq heures - sur une série d'articles parus au cours des derniers mois.
Les articles incriminés concernent le budget de la liste civile royale voté au
Parlement (document officiel du ministère des Finances distribué aux
parlementaires), une bande dessinée sur l'"histoire de l'esclavage" et un
photomontage mettant en scène des personnalités politiques du royaume.
"Etes-vous conscient que vous
avez porté atteinte à la sacralité des institutions ?", demande-t-on au
journaliste. Enfin, il est questionné sur les extraits d'une interview (parue à
l'origine dans un quotidien espagnol Avui) d'un républicain marocain, Abdallah
Zaâzaâ qui se prononçait notamment pour l'autodétermination du peuple sahraoui.
Le journaliste est alors accusé d'avoir "porté atteinte à l'intégralité
territoriale du Maroc". "Je m'étonne vraiment que l'on me reproche cette
interview. D'une part, parce que la personne dont je reprends les propos n'a pas
été, elle, inquiétée. D'autre part, parce que ce n'est pas la première fois que
l'on rapporte de tels propos dans la presse marocaine", a déclaré le journaliste
à Reporters sans frontières.
Le 9 avril, Ali Lmrabet est à
nouveau convoqué: à 14h au commissariat de Rabat et à 14h30 au palais de justice
de Casablanca. Il se rend finalement au tribunal où il est entendu sur six
affaires relatives à des plaintes de journalistes du quotidien El Ahdath el
Maghribia. |
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