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A
l'image de l'arbre du baobab, dominant des plaines ocres et desséchées, image
récurrente des films et de l'imaginaire africain, le festikho s'anobli de son
enracinement et de sa propre histoire. A quelques exceptions près, le festikho
reste le festival le plus mythique des RDV culturels du Maroc. Plusieurs
facteurs peuvent expliquer le mythe.
C'est
d'abord par sa genèse qui fait de lui la production culturelle la plus
ambitieuse des années soixante-dix émanant d'associations considérées alors
de gauche, et donc subversives par l'état. Mais aussi paradoxal que cela puisse
paraitre, la mise en œuvre du festival s'est faite, également, grâce à l'OCP,
qui est un établissement de l'Etat.
La
dimension africaine du festival lui a permis de se consolider dans un réseau de
relations culturelles et institutionnelles, outre-frontières, qui l'on
enraciné davantage et qui lui ont permis d'être internationalement reconnu,
cité et relayé par d'autres RDV cinématographiques internationaux.
La
fécondité du festikho a fait que onze éditions ont jusqu'alors vu le jour et
ont permis de voir un grand nombre de films africains, comme elles ont vu
exposer thèses et antithèses, attaques et plaidoiries idéologiques et
artistiques, dans une atmosphère qui lui a toujours donné une vivacité et un
charme particuliers.
C'est
aussi un festival spirituel dans tous les sens du mot. Il est habité par les
âmes des intellectuels, artistes et militants qui ont défendu et mis en œuvre
sa philosophie. Même le regretté Ousmène Sembène, qui n'a jamais mis les
pieds à khouribga est fortement présent dans le référentiel du festival.
L'hommage posthume qui lui a été rendu durant cette dernière édition est là
pour étayer cette présence spirituelle. Son portrait choisie pour l'occasion,
apparait comme une icône spirituelle. Avec son regard orgueilleux derrière des
lunettes noires et sa pipe, véritable cheminée évacuant les souffrances du
cinéma africain, O. Sembène semble veiller sur la continuité du festival dans
un esprit culturellement revendicateur.
Aujourd'hui
au Maroc, les rencontres et les festivals du cinéma poussent même dans les
villages et les plus petits et les plus décentrés. Les communes et les
associations de toutes sortes et même des initiatives personnelles ont permis
et permettront l'émergence de festival de cinéma, parfois même, avec des
moyens très confortables. Mais il faut savoir que ni la grandeur des ressources
financières ni l'appropriation des médias ne peuvent procurer à un festival
une âme et de racines philosophiques.
Le
festival du cinéma africain de Khouribga souffre encore de dysfonctionnements.
Sans son capital spirituel et ce qu'il engendre comme persévérance et
sursauts, il aurait pu, à maintes reprises, sombrer à jamais. Le principal
problème qui menace le festival est celui de sa gestion et donc de son statut
juridique. Un certain nombre de présidents de la commune de Khouribga se sont
relayés pour assurer, avec une gestion plus ou moins débrouillardise, la mise
en œuvre des éditions du festikho. L'histoire se rappellera des apports et des
flops de chacun d'entre eux, mais elle se souviendra davantage de celui qui aura
la clairvoyance, le sens de la citoyenneté et l'élégance d'assoir une
structure professionnelle permanente de gestion et de suivi en dehors de la
gestion pénible des affaires locales. La wilaya de Chaouia Ourdigha, La
province de Khouribga, le CCM et l'OCP ont les moyens juridiques, matériels et
communicationnels pour convaincre les élus locaux et les aider sur la voie de
la pérennisation et de l'évolution du festikho. Aboutir à ce changement,
surtout à ce moment où il s'apprête à devenir annuel, c'est doter le
festival des ailes qui lui permettrait de s'élever et de se faire valoir à sa
juste valeur continentale et internationale.
Damir
Yaqouti
06/08/2008
Voir également:
Festival du cinéma
Africain de Khouribga
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