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Trois questions à Abdelhai Laraki 

Scénariste, réalisateur et producteur, Abdelhai Laraki est un homme qui cherche toujours sa perfection artistique à travers ses différentes manœuvres cinématographiques. 

A l'occasion de la sortie de son film "Parfum de Mer" (Rih Al Bahr), Abdelhai Laraki s'explique sur ses motivations, ses ambitions et sa conception du cinéma.

  

 

1. Comment situez vous "Parfum de Mer" dans votre filmographie en tant que scénariste, réalisateur et producteur?

Rih Al Bahr (Parfum de Mer) est l'aboutissement de quatre années de travail qui trouvent leurs prémices dans toute une vie. Mona SABER, mon premier long-métrage, était en quelque sorte un film de raison; il fallait régler le sort à plusieurs démons: la mémoire, l'engagement, la responsabilité... Et la frustration du premier film qui ne se concrétise qu’après 10 années. Il était normal voire même sain que les idées se bousculent, se télescopent même. Mais il fallait qu'il existe, c'était un passage obligé que je revendique et assume à 100%.

Rih Al Bahr quand à lui, c’est plus un film de passion et de cœur. Il est le film que je suis. Il est conforme à ma conception du cinéma: un cinéma de genre transcendé par une écriture cinématographique propre.  

2. Le thème de la vengeance, traité dans votre film, est en quelque sorte aux antipodes de votre précédent film sur les années de plomb...

Naima (Saadia Ladib) dit un moment dans le film à Mahmoud Saber(M.Majd), en ayant devinée qu'il était le véritable instigateur de la nouvelle lutte des pêcheurs: "Simou (M.Khouy) voulait seulement que Fadel (S.Bey) demande pardon sur la tombe de Myriam..." En effet, c'est le thème du Pardon qui est le moteur central de l'intrigue, et non celui de la vengeance.

Et c'est là que je pense que mon film est foncièrement marocain. La notion de pardon est un thème majeur et fondateur de notre société Arabo- musulmane- méditerranéenne. (Il est à 100 000 lieux des films  de genre américains) Ce thème du pardon sera  transformé par Mahmoud Saber en lutte sociale d'une communauté bafouée dans sa dignité contre l'oppresseur. Nous retrouvons là les mêmes thèmes universels que dans Mona Saber à savoir: la lutte pour la survie et la liberté contre un pouvoir autoritaire.  

3. D'ailleurs, l'histoire du film est largement portée par le personnage de Mahmoud Sabrer en tant que témoin actif et entreprenant tout au long du film. Sachant que Mahmoud Sabrer est le nom du personnage d’un disparu des années de plomb de votre précédent film Mona Sabrer, est ce que ce choix est un moyen d’établir une relation entre le passé et le présent ?

Le film s'ouvre sur l'arrivée de Mahmoud Saber qui semble sortir de nulle part, il vient droit vers la caméra son luth à la main comme s'il nous passait le témoin. Pour moi, il incarne la génération issue des années de plomb, génération qui a luttée pour défendre ses idéaux. Il sera l'homme qui canalisera la lutte des pêcheurs en lutte contre l'oppresseur.

Exiger que l'oppresseur présente ses excuses est bien là le moyen de rattacher le passé au présent. Ne sommes-nous pas au cœur de l'actualité du Maroc d'aujourd'hui?

 

23/01/2007

 

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