|

Fiche Technique
Réalisation: Abdelhaï
Laraki
Scénario: Abdelhaï
Laraki/ Abdeslam kelai
Image:
Abdelkrim M. Derkaoui
Ingénieur
de
Son
: Faouzi Thabet
Monteuse: Vera Memmi
Musique: Abdewahed A. Alaoui & Saïd
A. Aalaoui
Production:
Casablanca Films Production
Producteur:
Abdelhaï
Laraki
Producteur
exécutif
: Mohamed Bennani
Directeur
de Production
: Azeddine Taoussi
Chefs
Décorateurs: Bernard Malbec /Saïd Raiss
Interprétation:
Mohamed Majd, Mohamed Khouyi, Mohamed Merouazi, Saadia Ladib, Saîd Bay, Driss Roukh, Abdelkabir Chadati, Mehdi Al Azadi, Abdelhadi Houdaifa, Mohamed Noaimane, Miloud El Habachi, Zakaria Lahlou, Abdelatif Khamouli, Mohammed Atifi
, Zineb
Oukach, Soukaina
Sakhiri
Maroc, 2006
Sortie nationale: janvier 2007
|
Synopsis:
Suite
à un crime et une parodie de procès où la justice se révèle incapable et
corrompue.
Un
paisible village d’honnêtes pêcheurs se soulève contre un caïd de la
drogue et son avocat véreux.
La
frontière bien/ mal s’estompe.
On
assiste à un bras de fer entre, un policier trop honnête pour faire valoir la
loi, un père bafoué dans sa dignité qui fait sa propre loi, une femme trop
amoureuse pour abandonner, un
luthiste amnésique qui s’accroche à l’amitié, un vieux pêcheur garant de
la mémoire des villageois qui exigent le respect… Et le caïd local, sa femme
conseillère de l’ombre et ses seconds couteaux capables du pire.
A
lire Également:
Voir
notre interview avec Ablelhay Laraki
Note
d'Intention:
Au
départ de ce film, il y a un désir
de filmer
qui trouve
son impulsion
dans ma rencontre avec les photos en noir et blanc de Mohamed Benaïssa
de son livre « Grain de Peau » :
Images-écran
enfouies quelque part dans ma mémoire comme une part de mon enfance…
En
2003, l’arrestation d’un petit caïd local, à Tanger, effraya la chronique.
L’affaire impliquait des pêcheurs en révolte contre l’autorité locale et
le jeune caïd d’une trentaine d’années, qui, en très peu de temps était
devenu un trafiquant redoutable protégé de surcroît par des hommes politiques
locaux corrompus.
Ce
fait divers éclaire les paradoxes de la situation sociale, économique et
culturelle de mon pays. Le Maroc, enserré entre sa dimension traditionnelle et
artisanale encore forte, et son ouverture à un trafic international qui naît
de l’emplacement géographique. Dans un climat de complaisance et/ou
d’impuissance des autorités locales.
En
partant de ce fait divers réel, mon désir de filmer s’est concrétisé par
la co-écriture avec Abdeslam Kelaï, scénariste et journaliste marocain, du scénario initialement
appelé « Les Vagues de la Colère » titre qui se transformera
pendant le tournage en "Rih Al Bahr' (Parfum de Mer)
«Rih
Al Bahr » est un drame social noir qui a pour cadre, d’une part,
le monde traditionnel et artisanal des petits pêcheurs de la médina,
l’ancienne ville, et, d’autre part, le monde urbain des petits trafiquants
installés dans la « ville nouvelle ». Deux cultures, deux communautés
qui cohabitent et s’ignorent selon un ordre et des principes : résultats
d’un équilibre social et économique.
Le
film raconte la rupture de cet équilibre : la collision fortuite, violente
et irrémédiable entre ces deux mondes et comment s’ouvrir à la modernité
sans aliénation, comment renoncer à l’archaïsme sans renoncer à ses vraies
valeurs ?
Pris
dans cet étau tout au long de sa vie, le personnage de MAHMOUD SABER incarne la
génération qui a lutté, a connu la prison durant les années de plomb
(1960-80) et s’est sacrifiée pour défendre ses idéaux, pour un Maroc
meilleur.
Le
tournage qui a pris huit semaines a eu lieu dans le Nord du Maroc, à Asilah,
Tanger, Laarach. Lieux réels des événements, ils sont chargés d’histoire
et encore habités par les sentiments de ceux et de celles qui les ont vécu, je
les ai filmés comme de véritables protagonistes
vivants.
J’ai travaillé les scènes des bandes des
truands avec des tons très obscurs, en utilisant des mouvements de caméra
rythmés et croisés, avec des plans courts et des champ contre-champ suggérant
une confrontation permanente synonyme de la violence
inhérente à ce milieu. En opposition, j’ai utilisé des plans-séquences
pour la communauté des pêcheurs, avec une palette de couleurs plus chaudes,
plus solaires.
Le
format de tournage en HD s’est imposé au départ pour une question d’économie
sur le coût de la production. Je garde en effet le douloureux souvenir
d’avoir été limité lors de mon premier long-métrage « Mona Saber »
par la quantité de pellicule à disposition – ayant du le réaliser avec
18.000m au lieu des 35.000m initialement prévus.
Pour
éviter d’avoir à faire des compromis, cette fois, j’ai donc opté pour une
caméra HD, maintenant a posteriori je peux dire que cela était le meilleur
choix possible pour mon film.
Je
pense que l’avenir du cinéma, nous, les pays du Sud, est certainement à
trouver dans l’utilisation de format de ce type. J’ai pu jouir d’une
majeure liberté, au profit de la direction d’acteurs et notamment des acteurs
non-professionnels qui représentent les 2/3 du casting. Personnages choisis sur
place, souvent pour interpréter leur propre rôle dans le film.
Cette
association comédiens professionnels / casting « sauvage » a eu un
fort impact sur le film: un réalisme accru avec des dialogues plus dépouillés,
les personnages ont gagné naturellement en profondeur et en humanité, elle a même
certainement influencé le jeu des acteurs affirmés dans une heureuse synergie !
Je
me souviens des scènes du Café Bleu où les clients pêcheurs ont insisté
pour fumer réellement de vrai sebsi de kif, comme ils en avaient l’habitude
dans la vie – refus de
simulacres – apportant au film
une certaine lenteur, une apesanteur dans le jeu, qui contraste d’ailleurs
nettement avec la gestuelle des truands.
La
colère, qui était initialement le centre et le véhicule de l’intrigue (cf.
titre ancien Les Vagues de la Colère), a cédé progressivement la place aux
relations psychologiques et sociales entre les différents protagonistes, comme
la relation de MAHMOUD SABER et SIMO, qui, quelque peu « biblique »
a priori dans le scénario initial, a pris corps durant le tournage pour devenir
une belle amitié entre deux hommes qui partagent le même drame.
En
s’appropriant les dialogues et les situations, les acteurs non professionnels
ont également insufflé une bonne dose d’humour à ce drame social (remplacer
les envoies de lettres anonymes comme écrit dans le scénario par « des
crabes ligotés » pratiques ancestrales du village). Ces hommes et ces femmes ont réellement besoin de leur sens
de l’humour pour alléger leur lot de souffrances quotidiennes, le poids de la
société et de ses dysfonctionnements.
La
musique, à l’instar de l’humour, vient ponctuer et alléger le quotidien
des pêcheurs tout au long du film, essentielle et représentative tour à tour
de la tradition et de la modernité.
MAHMOUD
SABER joue sur son luth un répertoire très populaire (état de transe), qui
varie selon les circonstances et conclue souvent les situations.
DRISS
et ses hommes quant à eux écoutent une musique saccadée et violente,
le nouveau rap marocain, qui raconte la violence et la misère avec un
parlé cru, humour grinçant et sans tabous.
En cherchant à chaque instant à installer, chaque protagoniste, chaque événement dans une véritable situation cinématographique, les
personnages du «Rih Al Bahr»
ne sont jamais donnés d’emblée, ce sont leurs actes qui tracent leur caractère
et décident en fin de compte du traitement que j’ai réservé à chaque
clans. Il n’était pas question, pour moi, tout au long du tournage de calquer
une quelconque réalité de la vie de ce village, ni de me poser en voyeur, bien
au contraire, toutes les situations ont été recrées cinématographiquement
pour les besoins de la camera et j’espère qu’ils seront données plus à
partager qu’à voir. Elles sont le fruit d’une véritable identité loin de
tout exotisme.
|
|