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La
valeur du travail photographique sur le sujet de l’artisanat ne réside pas
uniquement dans sa richesse symbolique, mais aussi dans le fait qu’elle soit
une invitation ouverte à s’intéresser à l’artisan pour le sortir de l’ombre,
de la réclusion et le pousser vers la lumière en le posant au centre du
dynamisme de la productivité artisanale fondée sur la créativité manuelle
qui traduit le caractère local et reflète le rayonnement de la culture et l’authenticité
du pays.
Si
ce choix se veut, à l’origine, une célébration de l’artisan marocain,
dans quelles limites peut-on atteindre une bonne adéquation photographique dans
l’approche de ce champ par des traitements visuels conscients et une
modernité qui rompt avec le style des photographies classiques habituelles qui
tombent dans le travers descriptif ethnographique ?
Et
si, à travers cet engagement collectif, les objectifs des photographes restent
fixés sur le même sujet, chaque participant a œuvré pour trouver une issue
créative qui reflète sa propre sensibilité ! Ainsi se sont diversifiés les
angles d’approche, les types de cadrage, les points de vue, les lieux, les
traitements de la lumière et des ombres…etc.
C’est
à travers une motivation générale, et tout en partageant une vision qui
confronte les générations, que nous assistons, d’une part, à l’illustration
de la génération des vieux artisans dans la photo d’Amina SRIRI qui traduit
le regard pensif et douloureux du maître artisan, et d’autre part, à la
représentation d’artisans plus jeunes par la photo de Sanae ZOUINE qui
décrit le regard ambitieux et avide d’apprendre de l’apprenti. Ces deux
visions complémentaires cernent l’histoire d’un métier entre le passé et
le présent tout en suggérant l’attente de l’avenir.
Dans
les photos d’Afaf BOUCHIKHI et Mohamed ELAJI, l’artisan est considéré
comme un corps dynamique qui ne réalise son inscription physique que dans le
mouvement au sein d’un atelier où l’on prend un soin particulier de la
décoration. Dans la photo de Fatima Ezzohra ENNDA et Chafik FAÏZ, le cadrage
souple efface les cloisons et perce les angles pour que les détails
apparaissent au fond de l’ombre. Sur les bordures, la profondeur est doublée
et l’espace est décrit à la fois depuis l’intérieur et depuis un
extérieur ouvert : c’est un espace privé, spécial, comme un contenant ou
fusionnent le corps, la trace et le sentiment ; et dans sa vitalité couverte d’un
calme muet, l’inspiration se distingue par les odeurs, les sons et une
énergie vive.
Sur
un autre registre, les photos de Sarah ZEROUAL, Zhor BAKI et d’Oussama RHALEB
se sont penchées sur les œuvres manuelles et les métiers en tant que modèles
fonctionnels qui révèlent une esthétique qui se fonde sur une forme et des
couleurs harmonieuses introduites au cours d’une retouche et d’une
décoration précises, et ce à travers une présentation des prises de vue
diversifiées répondant à une singulière vision photographique.
De
son côté, Aicha ALWAQAF a choisi d’insister sur le caractère brut des
matières premières à travers la réfection du cuir étalé pour que la photo
informe sur l’aspect abstrait d’un travail monochrome ou domine une couleur
orange très forte.
Nous
remarquons également, qu’avec un œil précis, Imane LAHRACH a choisi de
mettre l’accent sur les outils, les machines et les équipements tout en
prêtant attention à la valeur esthétique contenue dans un ensemble de
tonneaux cassés d’où suinte un liquide grisâtre, pour que s’harmonisent
la couleur et la matière à travers une photo qui se caractérise par un
traitement artistique ressemblant à un tableau expressif au plus haut degré.
Dans
une toute autre perspective, les mains ont constitué le sujet principal dans
les photos de Salma BOUNJARA, Rim BATTAL, Mouna ELABOUDI et Badr LEBNIOURY. Dans
ces approches photographiques tactiles, la main est représentée
métonymiquement à partir du poignet en la considérant comme le « vrai »
portrait de l’artisan. La main relate à elle seule tout le vécu de l’artisan
et témoigne à travers les ongles et les doigts d’une haute qualification et
d’une grande maîtrise dans la manipulation de l’outil et des matières
brutes.
En
dernier lieu, il est à signaler que tous ces jeunes photographes sont des
étudiants journalistes à l’Institut Supérieur de l’Information et de la
Communication où la formation dans le domaine du photojournalisme va du
reportage tout court au reportage artistique. Ainsi, n’est-il pas vrai de dire
que l’institut de journalisme de Rabat assure une formation à la photographie
artistique qui va de pair avec celle qui est dispensée dans la Grande Ecole de
Casablanca et à l’Institut National des Beaux Arts de Tétouan ? Nous
connaissons tous les besoins de notre presse nationale en photos de qualité !
Evidemment,
dans le cadre de l’initiative d’organiser cet évènement, avec le soutien
du Ministère de la Culture, l’Association Marocaine d’Art Photographique
demeure l’acteur principal dans la réussite de cet évènement culturel d’importance.
Cela
confirme encore une fois que le développement de l’action culturelle sous
toutes ses formes dépend essentiellement de l’aval des autorités de tutelle
et des efforts de toutes les institutions concernées.
Benyounes AMIROUCHE
Plasticien et critique d’art
Rabat, novembre 2009
"Mille
et un Doigts" exposition de photographies portant sur l'artisanat
marocains réalisé par des jeunes photographes et organisé par l'AMAP.
28 décembre 2009 -17 janvier 2010, Rabat
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles:Agenda
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