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Portrait
par Nour Eddine El Ghoumari |
Les
travaux primés de Nour Eddine El Ghoumari (photographie et portrait de rue)
sont remarquablement présents dans l’exposition Wojouh (Portraits). Cette
exposition met en exergue un photographe dont le travail a été examiné, mais
surtout applaudi par de nombreuses publications, comités et amoureux de la
photographie. De son adhésion à la prestigieuse The World's Best Black and
White Photographers, aux discussions critiques dans les magazines largement lus,
notamment Digital Photographer, les travaux de Nour Eddine El Ghoumari stimule
toujours discussion et admiration. Il a reçu plusieurs prix internationaux,
notamment : the prestigious Photographer Of the Year en Grande Bretagne et il a
remporté, pour deux années consécutives, les médailles d’or du meilleur
portrait dans le monde arabe. Il a également exposé son travail dans de
nombreux régions et pays du monde : de Londres au Japon, de l’Ukraine à l’Egypte.
À
travers une série de scènes et de portraits de rue, Nour Eddine El Ghoumari
retrace « sa culture » marocaine, tout en dévoilant son amour aux personnes
ordinaires – ceux qui se trouvent souvent réduit au bruit de fond de la
modernité –. À travers l’exposition Wojouh, on lui découvre une «
séduisante simplicité » autant dans la forme que dans le fond, conciliant à
la fois une fine technique à une sensibilité esthétique.
Né
au sein d’une grande et affectueuse famille à Taza, au Maroc, l’enthousiasme
de Nour Eddine El Ghoumari pour la photographie semblait pourtant réservé et
ses débuts incertains :
«
Je n’oublierai jamais le jour quand, pour la première fois, j’ai mis la
main sur une ancienne caméra appartenant à un ami. Après un bref
apprentissage du mode de son fonctionnement, je me suis précipité vers les
remparts de la ville, grimpant jusqu’à leur sommet. Pour la première fois de
ma vie, j’ai commencé à photographier un crépuscule… »
Les
crépuscules vont céder la place, par la suite, à des regards familiers envers
des inconnus. En effet, Les années d’études, d’expériences et de parcours
personnel vont ramener Nour Eddine El Ghoumari à dresser de « vastes rues
peuplées d’Hommes ». À travers Wojouh, hommes, femmes et enfants- les
inconnus familiers d’une ville- nous fixent du regard. La nature obscure de l’être,
implicite en chaque individu s’ouvre et dévoile son langage dans les
photographies de Nour Eddine El Ghoumari. Si on affirme que les portraits les
plus réussis sont ceux qui cherchent à redonner vie à la mort, alors parfois
le visage ou la présence d’une personne ensevelie dans une pellicule surgit
des vastes limites de l’image. C’est ce qui explique, peut être, la magie
de Nour Eddine El Ghoumari et sa capacité paradoxale de capturer puis libérer
l’individu figé de la contrainte temporelle de l’image.
Il
existe plusieurs raisons pour lesquelles les gens prennent des photographies.
Imaginons cette scène ordinaire : c’est la fête d’anniversaire d’un
enfant ; partout des ballons en couleur, des bougies et des gâteaux ; des
visages joyeux, des parents groupés tenant des caméras. Dans ce cas, l’acte
de filmer et de photographier est comme un talisman pour contraindre l’usure
du temps. Comme la plupart des technologies portables, les caméras sont d’essence
démocratique- elles peuvent tomber entre les mains d’un amateur comme d’un
professionnel. Partout, les gens portent leurs caméras omniprésentes - pendant
les vacances, les mariages, et même les funérailles-En effet, du berceau à la
tombe, les caméras tracent un parcours individuel. Peu importe le rituel ou l’événement,
les images apparaissent et passent à travers un rapide, ou long processus pour,
ensuite, se transformer en chimique et pellicule, pixel et ink. Dans ce sens, la
photographie est l’une de ces fortifications qui subsistent, dressée contre
la brièveté du temps. De l’amateur au professionnel, l’obsession, la force
motrice est la même : capturer, contenir, retenir et triompher du moment
éphémère. Ce sens de la fragilité du moment éphémère et cet énorme
fossé entre Maintenant et Après sont remarquablement présents et traduits
dans les travaux de Nour Eddine El Ghoumari. Dans un portrait, un vieil homme,
au visage tanné, marqué de rides, des yeux brillants, son sourire à la fois
une provocation et invitation. À la marge de ce portrait, devant ce sourire
radieux, s’étale la vie de cet homme, avec tout ce qu’une vie peut
entraîner et comporter de peines, de joies, d’épreuves et de moments de
victoire. Qui est-il ? Que lui arrivera t-il ? Où ira-t-il quand le temps s’arrêtera
pour lui ?
À
travers Wojouh, les portraits se bousculent difficilement dans les scènes de
rue, plus encore, les portraits d’hommes et de femmes cèdent la place à la
circulation dans la rue et retracent cette scène quotidienne. Un natif,
défenseur de l’environnement, s’agenouille avant une tombe égyptienne et
son balai se balance avec l’air froid ; des lanternes lumineuses autour de
lui, pourtant on remarque de l’assombrissement sur les marges de l’image.
Nour Eddine El Ghoumari, avec son talent et sa perspicacité, parvient à
capturer la tension entre le passé et le présent ; Les indications de la mort
préfigurées sur la tombe et l’assombrissement de l’air sont délicatement
équilibrées par le continuum de la culture et de l’humanité, celui-ci
représenté dans l’acte de l’homme, dans un travail de pratique et de
quotidien, qui mérite qu’on lui tire la révérence.
«
Ce dialogue silencieux entre le portraituré et le spectateur est très
important. Je les pousse à parler à partir des photographies. Je les pousse à
dire la vérité. Pour combien de temps vont-ils garder le silence ? Ça était
toujours le cas, des gens ordinaires souffrent, vivent, meurent en silence,
emportant avec eux leur dignité, leur bonté et leur sagesse. » L’amour que
porte Nour Eddine El Ghoumari pour l’humanité et la joie qu’on rencontre
dans le hasard de tous les jours sont présents à travers tout son travail.
Comme plusieurs vrais artistes, L’art de Nour Eddine El Ghoumari est une
bataille contre tout ce qui tente de diminuer et réduire l’humain. Si le
temps est l’un des plus grandes menaces abstraites, la photographie- un
matériel annexé à la mémoire- peut sauver parfois l’individu de cette
tombe silencieuse.
Mais
c’est à vous, spectateur passionné, à qui s’étale la plus grande tâche.
C’est votre fonction d’apprendre leur obscurité, leur langage abrégé et
traduire l’énigme de leur présence continue parmi nous.
C’est
seulement à ce moment là que la mort surgira, et enfin nous regagnera.
Kieran
O’Sullivan
Traduction: Salma Bouchafra
Salé, février 2008
Voir également:
وجوه
نور الدين
الغماري
Programmes des expositions et
spectacles:Agenda
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