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L'artiste
photographe Abderrahmane Doukkane (vit et travaille à Casablanca) met en valeur
notre imaginaire créatif, en libérant l'acte photographique de la
représentation iconique. La richesse de notre environnement spatial lui donne
beaucoup de possibilités et fait grandir le champ de son imagination et le
jardin de son regard.
Fragments
portés, ses œuvres photographiques se veulent une métaphore de la nature à
l'état brut. Il s'agit d'une écriture qui se traduit selon une infinité de
traces et d'impressions. Elles prennent le caractère d'une œuvre plastique,
d'une trace purement symbolique dont le thème focal est les effets et les
empreintes de l'eau sur les choses naturelles en l'occurrence les racines et les
troncs des arbres, les pierres rocheuses et le sol argileux…
Chez
cet artiste et reporter photographe, l'art commence où finit l'imitation. La
présence de la matière stimule la réceptivité du récepteur avisé qui
possède la capacité de voir l 'extérieur , ou l'intérieur , ou même les
deux à la fois pour ressentir l'espace indéfinissable.
A.
Doukkane rend perceptible la rhétorique de l'eau, ses métamorphoses et ses
rapports organiques avec le temps et l'espace. Il incombe à l'esthétique d'en
tirer les conclusions, ce qui est un travail de synthèse, qui conduit aux
révélations intérieures - autant que le permet chaque fragment imagé.
La réalité non analogique s'inscrit dans l'histoire de l'homme et la nature.
Elle se présente d'une manière indicielle comme une correspondance intérieure
d'une combinaison de formes brutes avec des vibrations libres obtenues
systématiquement grâce à un minimum de genèse où l'excentrique est
accentué par des surfaces en pleine formation.
La
création chante le mystère de la nature et se présente comme métamorphose
poétique du réel transfiguré par l'œil photographique dans un espace
bidimensionnel( tableaux en photographie) et tridimensionnel ( sculpture en
photographie) . L 'artiste développe ici un sens esthétique du raccourci qui
renforce le pouvoir expressif de sa photographie métaphorique . Les
images-référents sont traitées de manière fragmentaire et cérébrale , ce
qui rythme les compositions et constitue des matrices de rhétorique.
La
force plastique de ses travaux photographiques est indéniable. Elle est d'ordre
sensuel et émotif. Ainsi sa démarche plastique prend sa source dans les
traditions de la production visuelle et tout particulièrement celles liées à
l'art vidéo, ce qui est une des caractéristiques essentielles de toute pensée
créative.
Ajoutons
aussi chez Doukkane une autre influence, qu'il a toujours reconnue comme
présente en lui , celle des films documentaire sur les sites naturels et la
mémoire tatouée des lieux vécus.
Sur
son langage photographique, il confie à Libé : " la photographie est une
approche synthétique qui dépasse les limites de la vision oculaire et atteint
le lieu de l'unité de l'humain et du naturel. Chaque artiste doit élaborer son
traité de la composition d'une façon précise, minutieuse et perfectionniste.
J'essaie d'employer un vocabulaire visuel simple et accessible,
particulièrement en ce qui concerne l'édification des formes à partir des
éléments de base. L'eau génère la matière par son abandon et son
accumulation. Dans la fluidité du langage photographique, la forme est le
symbole de l'évasion , de l'être à l'autre. l'image imitatrice sort de ses
limites et révèle la résonance des compositions spontanément captées. L
'objet doit se fondre dans la photographie artistique. L'eau est sujet et source
de l'image. Il s'agit donc d'une image de rêve, traversée par les désirs les
plus conscients. Une telle obsession relève d'une dimension métonymique
marquée par un symbolisme saisi sur le vif. L'eau demeure un lieu maternel, une
matrice et une source embryonnaire et énigmatique de la création. Il s'agit
d'une actualisation de l'imaginaire collectif des traces qui sous-tend la vision
naturaliste de l'artiste. L'eau et le temps mettent doublement les choses en
valeur : en tant que désir et en tant qu'objet esthétique, ce qui appelle à
une activité d'interprétation intense de la part du récepteur. "
ABDELLAH CHEIKH
31/01/2008
"L’eau
comme trace photographique"
22 février - 7 mars 2008, Casa del Arte, Casablanca
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles:Agenda
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