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"Personne
ne saurait dire d'où vient l'idée de croiser deux fils afin de former une croix,
puis d'agencer ces croix afin de former une croix, puis d'agencer ces croix de
façon à créer des motifs," ainsi parlait une brodeuse. Ces gestes récurrents,
pas toujours répétitifs, ces rituels cérémoniels ont tissé des destins de femmes
pendant plusieurs siècles.
Cette exposition met en valeur un
art traditionnel ancré dans la culture populaire marocaine. Un art aux
dimensions économiques, sociales et culturelles multiples. C'est que la broderie
est aussi un prétexte pour tisser des liens, des amitiés, voir des complicités
entre des femmes et jeunes filles solitaires qui y trouvent un moyen de s'en
sortir et d'améliorer leur situation.
Si la broderie était
considérée autrefois une base incontournable de l'éducation
des fille des riches, beaucoup de filles la pratiquent aujourd'hui faute
de pouvoir suivre ou poursuivre leurs études à l'école.
Elles s'engagent dans ce métier pour gagner leur pain.
Les traditions d'autrefois ordonnaient que les jeunes filles ornaient elles-mêmes
leurs robes de mariage et qui sont bien sûre marquées par
des signes propres et des traces propres à chaque culture et à
chaque identité. Et à la manière de Pénélope,
la jeune fille marocaine orne ses habits en attente de son Ulysse, remplissant
le vide de tissu avec mille et une croix (Ghorza). Les distances sont soigneusement
calculées, puisque c'est un art qui refuse toute erreur: un travail
dure, minutieux, axé sur la précision. L'œil veillant arrange
les couleurs. Cet art est transmis de mère en fille. Chacune garde
les secrets de l'art comme elle garde l'héritage des ancêtres,
dans des tiroirs. La valeur de l'oeuvre est associée à la
précision et le savoir-faire de l'artiste.
Elle dessine des croquis qui assurent
l'errance: c'est le jeu du fil, et brode des formes et des couleurs. Fatima
utilise des couleurs vives: le rouge et le noir, le vert et le jaune etc... un
art naïf ? Le dialogue de l'oeil et de l'aiguille fait surgir les secrets de
l'âme, son âme. Elle brode ses propres histoires à l'aide des chiffres et des
symboles.
En faite, la peinture ne représente plus
les seules possibilités de la modernité, la broderie est une expression
culturelle profonde. Bien de désires fantasmes naissent sur le blanc du tissu:
celle-ci brode un lion, l'autre illustre à travers le cadre en bois une gazelle.
Elle brode toutes sortes d'habits (Djellaba, voile, robe etc... sans oublier,
les pièces d'ameublement (les nappes et napperons et les paravents).
La ville de Fès a toujours été connue pour la finesse
et la beauté de ces broderies; et le bleu y est omniprésent.
Les références des objets décoratifs sont représentées
par des illustrations animales : cigognes, oiseaux... et celle d'Azmour
arborent les lions comme objets décoratifs.
Les broderies dans d'autres régions du Maroc sont inspirées
par les aspects de la nature (arbre, fleurs,..). On trouve aussi dans la ede certaines régions du nord, des formes géométriques: triangle, carré, cercle, inspirée certainement par la broderie
occidentale (tarz aleuj). Et selon certains chercheurs la broderie a été
introduite en Andalousie lors de l'existence arabe en Espagne. La légende
ajoute que Zeriab Al Maouesseli, l'illustre musicien persan, était
le premier descendant arabe qui a transmis cet art à Cordoue.
Tout ceci nous ramène à l'actualité du jour. L'exposition
de DAR BELLARJ, qui a choisi comme thème, un aspect fort symbolique
de la culture et de l'identité marocaine: La broderie au Maroc
d'aujourd'hui. Un témoignage vivant d'une richesse séculaire
qui défie le temps en imprimant sur les tissages les rêves
d'hier et ceux de demain.
La Broderie au Maroc d'Aujourd'hui
11 octobre 2001 - 10 mars 2002
Dar Bellarj - Marrakech
en collaboration avec l'école Riad Zitoun
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