|
L'exposition de l'artiste-peintre
Mahjoubi Aherdan, organisée à la galerie Bellas Artes de Santa Cruz de Ténerife,
représente une esthétique propre du discours contemporain mais également un
"acte culturel d'ouverture" sur l'autre, un "trait d'union" entre deux peuples.
Initiée par le gouvernement
canarien, l'exposition, qui rassemble en 56 œuvres les récents travaux de
Mahjoubi Aherdan et une sélection de la collection privée de l'artiste, se veut
un "pont culturel africain entre le Maroc et les îles Canaries", commente le
célèbre critique d'art Antonio Zaya pour qui ce genre de manifestation a le
mérite de dissiper "les nuages noirs que d'aucuns ont installé sur les têtes de
nos peuples".
"Car au-delà de l'art, cette
exposition, la première d'un peintre nord-africain dans les Iles Canaries, est
surtout un trait d'union entre les peuples canarien et marocain", dit-il à la
MAP.
Plus qu'une portée artistique, cette
exposition remue le passé berbère de cette région autonome. "Les Canaries sont
la fusion de plusieurs cultures mais nos origines préhispaniques étaient
berbères et pour cela il est important d'avoir ce lien avec d'autres cultures
proches de nous", explique à la MAP le ministre canarien de la Justice José
Miguel Ruano, qui a inauguré l'exposition au côté de la vice-ministre canarienne
de la Culture Dulce Xerach ainsi que d'autres personnalités du monde politique
et des arts. "Nous avons vécu en retrait par rapport au Maghreb, et il est
essentiel d'avoir de bonnes relations avec nos voisins particulièrement le
Maroc", ajoute-t-il.
Ce genre de manifestations vise à
rapprocher les deux peuples, estime pour sa part Mme Xerach. "La population
canarienne ne connaît pas beaucoup le Maroc, et par cette initiative, nous
voulons connaître tout ce qui nous unit à ce pays avec lequel nous partageons
une culture commune". Elle déclarera avoir été conquise par les œuvres d'Aherdan
qu'elle a découvert lors d'une récente visite au Maroc. Chacun, dit-elle, est
libre de donner sa propre interprétation de l'œuvre.
Chaque tableau suggère, mais
n'explique pas totalement. C'est tour à tour un espace céleste marin, un ciel
d'oursin qui semble s'approprier la toile, beaucoup de poésie, de la rêverie et
du mystère. Pour Antonio Zaya, l'œuvre de Mahjoubi Aherdan est comme le poème,
son propre sujet, sa calligraphie, son propre réseau qui reflète sa personnalité
multiple, où il explore la mémoire, l'utopie et les rêves.
"Aherdan, ce personnage particulier,
mythique aux multiples facettes à la stature d'André Malraux ou Léopold Sedar
Senghor", qui, en plus d'être un peintre exceptionnel et un grand poète, est un
politique né et surtout un personnage incontournable de la culture millénaire
amazigh. Vêtu de l'habit traditionnel, le poignard en bandoulière, les pans du
turban blanc immaculé flottant dans la douce brise de la nuit de Ténérife,
Mahjoubi Aherdan, l'artiste - peintre, contemple dans "mémoires de vies, un
retour vers le futur" ses œuvres depuis 1956 à nos jours.
Cette exposition Mahjoubi Aherdan la
veut un "acte culturel d'ouverture" pour qu'elle "contribue au renouveau de
cette relation culturelle" avec ses personnages authentiques, ses vrais acteurs,
ses voix et ses œuvres. Après l'enfantement de Casablanca en 2003, aujourd'hui,
c'est à Ténérife qu'il fait "un retour vers le futur". Une métaphore qui donne
tout le sens à sa peinture. "Cette peinture s'est imposée à moi", explique
Mahjoubi Aherdan dans une déclaration à la MAP.
C'est une peinture "authentique"
inspirée par "la nature" dans laquelle il vit et par des "réminiscences du
passé". "C'est ma culture qui ressort", dit-il. "La culture amazighe, même si
elle est présente sous une forme complexe, implicite, onirique, parfois
calligraphique, gestuel et quelquefois inconsciente, demeure une constante dans
le discours esthétique d'Aherdan", commente Antonio Zaya, le commissaire de
l'exposition qui classe les peintures métaphysiques de ce peintre surréaliste,
parmi les œuvres de peintres célèbres, tels que le Canarien Juan Ismael, le
poète et peintre belge Henri Michaux, où encore le syncrétique cubain Wilfredo
Lam. Les œuvres de Mahjoubi Aherdan seront exposées pendant un mois aux îles
Canaries, et seront ensuite exposées à Madrid, Cordoue et probablement
Barcelone.
Avec MAP
07/05/2005
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles:Agenda
Retour page
Arts Plastiques
|
|