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Un
hommage a été rendu au peintre marocain Mohamed Kacimi, à la Bibliothèque
Générale par le Fondation Edmond Amran El Maleh jeudi 4 novembre avec les
interventions d’Edmond Amran El Maleh, Driss Khoury, Hassan Nejmi, André
Azoulay, Farid Zahi, Fouad Bellamine.
Il y a un an disparaissait le peintre marocain Mohammed Kacimi, le 27 octobre
2003, à l’âge de 61 ans. Le vœu exprimé de mettre en place un lieu de rencontre
où seront exposées ses oeuvres pour perpétuer sa mémoire et où des activités
culturelles adressées aux jeunes pourraient être organisées, n’a toujours pas vu
le jour et l’Association des Amis de Mohammed Kacimi initiatrice de ce projet
est en droit légitime de s’en inquiéter et d’exprimer sans ambiguïté ce souci à
l’occasion de l’hommage. Et c’est autour de ce vœu que les interventions ont été
axées.
Comme en écho à ce qui se passe aujourd’hui, il faut se rappeler que Kacimi à la
mort de Moulay Ahmed Drissi en 1979 se posait les mêmes questions à propos de la
situation de la peinture marocaine et de cette nécessité de trouver un lieu où
les œuvres du disparu (ici Moulay Ahmed Drissi) pourraient être vues par le
public en étant ainsi sauvées de la perdition et de l’oubli.* En toile de fond
tout un souci aigu pour la situation de l’art, de l’artiste, de la création dans
notre pays où précarité, oubli jusqu’à l’exclusion sévissent.
Kacimi, le poète et le peintre, celui qui réagissait au monde de toutes les
fibres de son être, de son corps d’artiste incapable de neutralité, ne cessait
de réagir aux événements en faisant coïncider son art avec les tribulations du
monde qu’il tentait d’affronter de front. La dernière exposition intitulée "La
création contre la destruction", à la galerie Al-manar à Casablanca en 2003 à la
veille de sa mort, contre la nouvelle guerre du Golfe, en fut un exemple parmi
tant d’autres multiples qui retracent le rôle de l’art et de l’artiste dans la
société et le monde. Auparavant, d’autres exemples comme le livre de dessins et
de poèmes avec Hassan Nejmi "Les Vents ocres" (1993) contre la guerre du Golfe
ou encore cette peinture publique réalisées contre l’esclavage en 1994 sur une
plage du Bénin où les négriers embarquaient les esclaves à destination des
plantations d’Amérique. Pour s’aider dans cette posture de résistance il y a la
prise en charge du patrimoine.
"J’ai vécu la mort de Kacimi comme
ma propre mort" avait dit Amran El Maleh ce soir du 4 novembre à la Bibliothèque
Générale dans cet hommage qui commémore le premier anniversaire de la
disparition du peintre. Dans un livre d’entretiens réalisés avec lui par Marie
Redonnet, à paraître prochainement, E. A El Maleh parle de Kacimi comme d’un
créateur exceptionnel, le poète et le peintre qui a "apporté beaucoup
d’éclairage sur la situation du peintre marocain partagé entre modernité et
tradition, situation à laquelle il avait beaucoup réfléchi" dit-il avant
d’ajouter " ce qui nous préoccupe c’est, non pas un hommage formel, mais assurer
rayonnement à l’œuvre de Kacimi, poser les bases de ce rayonnement "
Pour Hassan Nejmi ce fut l’occasion
de rappeler sa rencontre avec Kacimi à travers un travail en commun, le livre
"Les Vents ocres" (Poésie et dessins) une expérience suscitée par
l’extraordinaire bouleversement de la guerre du Golfe (1991) grande tragédie
d’humiliation pour les peuples arabes et qui annonçait la fin de toute une
époque des blocs et la venue de l’hégémonie américaine qui culmine aujourd’hui à
travers la guerre larvée d’Irak menée contre le droit international et qui fait
des milliers de morts parmi les civiles. L’artiste rivé, par choix, au destin de
son peuple, cherche par tous les moyens artistiques à affronter le pire en
organisant un système de résistance. Hassan Nejmi a rappelé l’artiste militant
des Droits de l’Homme que fut Kacimi, celui aussi qui, le premier, avait ouvert
son atelier au public pour vaincre cette crainte chez les gens de franchir le
seuil d’une galerie d’exposition.
De son côté Farid Zahi a parlé de
l’enseignement que doit nous procurer la mort de Kacimi en notant que la mort
nous met devant notre indigence quant à ce que nous retenons de l’absent, la
distance qui se crée entre nous et le rêve de création qu’il incarnait. "Hommage
après hommage, des disparitions se succèdent et nous assistons à une forme
d’exclusion dont des exemples ne manquent pas comme Ghabaoui, Charkaoui et
d’autres." La leçon à retenir par la disparition de Kacimi? C’est de pouvoir
aujourd’hui, plus qu’auparavant, se poser la question suivante: Qu’avons-nous
fait pour ceux qui ont précédé? poursuit F. Zahi en s’étonnant que pour
Gharbaoui, mort de faim sur un banc de jardin public à Paris, un seul livre
orphelin fût publié en 1976 et réédité par la suite. Autrement une mémoire qui
se consume dans notre silence culturel complice. Que fait la presse et les
critiques d’arts? martèle F. Zahi. Où sont les œuvres de Kacimi? F. Zahi a parlé
de cette aisance dont jouissait Kacimi pour sortir d’une expérience pour en
entamer une nouvelle sans se laisser empêtrer sous le poids du "dogmatisme de la
toile". Particularité du vrai créateur capable de se renouveler constamment, se
remettant en question.
De son côté Driss Khoury a raconté sa rencontre avec Kacimi d’abord à Meknès
dans les années 60, avant la venue du peintre à Rabat pour s’installer au siège
de l’Union des Ecrivains du Maroc du temps de Mohamed Aziz Lahbabi. Il fut parmi
les rares peintres à s’imposer dans la société rbatie dès sa venue dans la
capitale où il fut l’hôte de l’Union des Ecrivains du Maroc, a dit Khoury en
rappelant qu’il avait eu des moments de dialogue avec Kacimi qui lui montrait
des textes littéraires en arabe qu’il écrivait.
Abderrahim Sejilmassi de
l’Association des Amis de Kacimi a rappelé les qualités exceptionnelles de
Mohammed Kacimi, la richesse et la force du patrimoine de créateur qu’il a
laissé tout en déplorant le fait que le lieu de rencontre qui devait lui être
consacré butte encore sur un obstacle "technique".
André Azoulay, conseiller du Roi, a
tenu à être présent lors de cet hommage et a appuyé toute initiative pour
prendre en charge le patrimoine du peintre.
Fouad Bellamine, un des amis de
Kacimi, a défié toute personne prétendant organiser une exposition des œuvres de
Kacimi. Dans le diaporama il a présenté au public un grand nombre des toiles de
Kacimi "images prises de catalogues et de livres" signale-t-il. Il a placé dans
le diaporama une toile surprenante de Moulay Ahmed Drissi en démontrant comment
Kacimi à la fin de sa vie a rejoint les travaux de ce peintre marocain mort en
1979.
Le peintre Mohamed Mellihi, absent
de la rencontre pour des raisons de santé, à envoyé une allocution, une sorte de
manifeste où il déplore la situation de la culture au Maroc et appelle à une
véritable remise en question des choses pour lutter contre l’injustice et la
précarité dont est victime l’artiste et pourfendre la médiocrité environnante.
Après tous les hommages reste
l’œuvre qui constitue l’empreinte du rêve vivant du peintre poète, rêve nomade,
insaisissable et non moins réel, une réalité irréductible à toute parole et qui
pousse à faire vœu de pauvreté de langage comme dit Edmond Amran El Maleh. Reste
aussi à réaliser le lieu hospitalier pour accueillir cette œuvre et travailler
pour son rayonnement.
Saïd AFOULOUS
* Voir article "Vous avez dit
peinture marocaine" paru dans les colonnes de L’0pinion en 1979 et repris dans
le recueil de texte "Parole nomade, l’expérience d’un peintre" Editions Al Manar)
Voir également:
Notre
dossier
spécial Kacimi
La
Grande Exposition Nationale des Arts Plastiques
Mohamed
Kacimi: Le Dernier voyage d'un Artiste Nomade
Programmes des expositions et
spectacles:Agenda
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