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Une forme noire surgit,
criblée de clous qui donnent à la surface bitumée une vibration métallique,
gigantesque germe qui de la terre obscure aspire à la lumière,
cactus-phallus au sommet duquel pousse une touffe verdoyante de végétation.
Non pas une, mais douze formes ondoyantes qui s’installent en un ballet
circulaire. C’est l’horloge biologique, l’une des oeuvres de l’artiste
marocain Abderrahim Yamou.
On
entre aisément en communication avec cette oeuvre qui évoque tout ensemble
l’éternité cosmique par sa configuration circulaire et le processus temporel
de création et de détérioration de notre intimité biologique. "La plante est
continuité et changement, elle exige une interaction. Elle est aussi
photosynthèse, elle apporte la vie. Le clou, le métal est aussi continuité
et changement, il rouille, il porte en lui le processus d’oxydation, la
détérioration, la mort." L’artiste joue des contrastes: le bitume est l’antiplante,
la touffe de végétation est comme l’herbe au bord de la route. Il a choisi
le beau noir du bitume comme pour calmer la véhémence vitale qui s’exprime
dans la verticalité des formes.
On peut aller plus loin
dans la compréhension de l’oeuvre si l’on connaît les sources d’inspiration
de l’artiste. A. Yamou a été fasciné par les statues N’Kondé du Congo. Chez
ce peuple, une figure anthropomorphique est taillée dans le bois par un
sculpteur, puis le prêtre la sacralise en l’enduisant d’un amalgame de sang,
de résine et de dépôts végétaux, les membres de la communauté viennent
ensuite y planter des clous qui scellent un contrat social, moral, conjugal
ou spirituel. Cette idée d’interaction entre objet et sujet est présente
dans l’installation de A. Yamou où les clous peuvent représenter la
multitude des hommes invités à conclure un contrat avec la vie, où l’élément
végétal appelle l’entretien pour créer le cycle biologique.
Michel
Pennitier - 1999 |
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