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Tout
art qui se voudrait un tant soit peu original draine dans
l’absolu sa propre symbolique des formes. Du classicisme
au futurisme en passant par diverses autres tendances,
l’exercice artistique en général, pictural en
particulier s’est toujours exprimé à travers l’image-signe
ou l’image-concept pour
« rendre visible » ce que l’œil croit
saisir et comprendre, mais qui se manifeste en réalité par
la conjonction mystérieuse (ou hasardeuse) de mécanismes
psychiques propres au rêve, à l’inconscient et à la mémoire.
L’art
de Saïd Lahssini se situe à cette conjonction, laquelle,
en termes de création, favorise une sorte d’éclosion
fantastique, au niveau de la composition (renforcée par
l’aspect scénique) comme au niveau des thèmes (ici récurrents).
Lahssini
est assurément un peintre qui a trouvé sa formule magique,
celle qui lui permet de sortir des sentiers battus. Ce
visuel, au langage rebelle, a poussé l’anticonformisme en
peinture au point de frôler la paranoïa dalienne. C’est
une vision à l’état brut d’une réalité sociale
occultée derrière la nécessité, la souffrance, les
tabous et la marginalisation. Réalité indifféremment présentée
à travers des personnages difformes, hideux, à l’allure
de monstres, non sans analogie avec la brutalité
expressionniste d’un Baselitz ; mais si humains dans
leur attitude résignée ou burlesque, dans leur détresse
parfois jusqu’à l’extravagance. Mais si Lahssini
n’est pas un matiériste, son iconographie et ses moyens
picturaux n’en sont pas moins connotatifs. Sa technique du
graphisme est soignée et même méticuleuse, et sa couleur
aux degrés dosés, parfois teintée, ses pigments expressément
ternes collent parfaitement à sa profonde sensibilité
faite de désenchantement et de révolte sourde, même si
par souci d’esthétique, la force expressive des motifs
semble parfois étouffée.
Saïd
Lahssini est à notre sens un artiste-né. Iconoclaste de la
défiguration amer, ce réaliste sans illusions nous livre
en partage des « fantasmes » qui restent
disciplinés et toujours d’une haute facture, en puisant dans l’imagerie
hallucinatoire pour interpeller sans doute activement notre
conscience.
Abderrahman BENHAMZA
Said Lahssini
27 janvier - 11 février 2006, Matisse Art
Gallery, Marrakech
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Arts Plastiques
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