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C'est la troisième fois que la Galerie Al Manar consacre une exposition personnelle à Tibari Kantour: c'est dire si elle croit au talent de cet artiste, graveur et peintre. Cette exposition donne à voir une bonne vingtaine d'œuvres toutes récentes et de différents formats, sur toile et sur papier. De l'un à l'autre support, une même démarche, qui évolue sans remises en question fracassantes - mais l'artiste va jusqu'au bout de sa méthode. Jusqu'au spectaculaire. Un magnifique triptyque, d'imposantes dimensions, que la grande presse, construite sur ses plans dans l'atelier de Sidi Maâchou, lui a permis de réaliser. Kantour explore sans fin le filon que sa sensibilité a ouvert. Délicatesse des teintes. Finesse de l'exécution. Et le geste de l'artiste, qui parfois zèbre la feuille ou la toile d'une écriture sans mémoire. Avec lui, ''nous sommes en un ailleurs, hors de la peinture attendue, celle qui colle et obéit au pinceau. Nous sommes dans l'œil blanc, épuré de la peinture.'' (Edmond Amran El Maleh). Kantour vu par Amran El
Maleh Tibari Kantour compte parmi les valeurs les plus sûres de la peinture
marocaine contemporaine. Celle-ci connaît aujourd'hui une situation
particulière, marquée par le désordre d'une production abondante contrastant
avec le marasme du marché, au risque de susciter le découragement ou, hélas,
la médiocrité, le n'importe quoi, en vue d'un succès matériel éphémère.
La référence à ces valeurs qui marquent le devenir de la peinture marocaine
s'impose plus que jamais. Et parmi elles, l'œuvre de Tibari Kantour, déjà
confirmée mais riche de promesses pour l'avenir, œuvre qui, malgré l'extrême
difficulté d'asseoir un critère absolu pour juger de la peinture, signe
l'authenticité d'une création esthétique certaine.
Bruxelles, Paris, l'Allemagne, le Japon, en de multiples expositions
individuelles ou collectives, consacrent une renommée méritée. Je pense,
comme je l'ai souvent dit, tout au long de cette fréquentation, cette
familiarité avec le travail de Tibari, qu'il a su révéler les virtualités
esthétiques, poétiques, du papier, partant de sa fabrication de ses propres
mains jusqu'à ses interventions grâce à une technique particulière de
collage.
Le papier est matière, forme, couleurs, il est le limon fertile donnant
naissance à une vision propre au peintre. Il y a là une poétique de la
matière, de l'espace, une musicalité qui, signe d'une inventivité certaine,
s'accomplit dans ces collages, ces paysages de papier à musique. Et cela
pour notre plus grand plaisir.
Edmond Amran El Maleh
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