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Hassan El Glaoui est né peintre,
pour être peintre.
Les caractéristiques de son
milieu familial, le statut social qu’on lui connaît, les péripéties et les
conjonctures historiques qui ont jalonné le cours de sa vie n’ont sans doute
fait, entre autres détonateurs, que déterminer sa volonté de créer,
façonnant au gré du temps le profil d’un personnage voué dès le départ au
maniement du pinceau.
Nous n’allons donc pas
souscrire, à propos de l’artiste, au discours biographique où la chronologie
n’est somme toute qu’un déroulé d’anecdotes plus ou moins instructives. Ce
qui nous importe, c’est de parler de son cheminement artistique propre,
lequel est essentiellement subjectif. Ce qui importe, c’est ce que Hassan El
Glaoui, en tant que créateur, a fait de sa vie, et non l’inverse. Et sa vie,
ce sont tout simplement ses tableaux qui nous la donnent à lire, à
découvrir, car ils permettent d’en saisir la vraie dimension dans le temps
et l’espace et, au-delà de toute récupération, la vraie signification
esthétique et la portée sociale.
Sa vie, c’est donc en principe
son art, un art où se mêlent recherche formelle, description, narration,
témoignage, un art qui tient parfois de l’épopée, tant l’artiste y a mis de
grandeur, de noblesse, de charme et de force.
Les sujets d’El Glaoui émanent
du réel, un réel tel qu’il l’a vu se manifester autour de lui. Réaliste par
intention, il ne l’est cependant pas de manière attentive. Le centre de
gravité de sa peinture n’est pas forcément le monde extérieur, mais son moi
intime ; un pacte tacite l’y attache. L’artiste va peu à peu s’approprier de
ce réel bien installé ce qui va servir son esthétique des formes et sa
vision des choses : figures de la mémoire, paysages, impressions de voyage,
scènes de la vie courante. C’est un repérage identitaire, qui constitue le
paradigme même de sa sensibilité d’artiste. Ses sujets sont destinés à (re)
créer une ambiance, à illustrer des liens, à exalter des sentiments, désirs,
à travers un rendu harmonieux, que fidélise un sens de la représentation à
la limite du pittoresque.
L’éclectisme thématique
interpelle une lecture plurielle de l’œuvre d’El Glaoui : cavaliers,
portraits individualisés, chevaux harnachés, natures mortes…On y devine
cohabiter plusieurs styles, comme d’anciens emprunts, de lointaines
réminiscences. Très proche cependant de la veine expressionniste par l’usage
de la matière et l’intensité chromatique, El Glaoui ne manque pas d’irriguer
ses toiles de couleurs locales reconnaissables : il circonstancie les
événements, se joue des détails par tons suggestifs, multiplie les aplats,
suscite des connotations. Si par hasard son acte pictural obéit à une simple
gestualité, se fait ludique ici, décoratif là, il peut aussi être un acte
courageux de prise de position, une expression d’autonomie revendiquée, un
cri de douleur, une invitation à rompre. Chez Hassan El Glaoui, la référence
au patrimoine artistique marocain est toujours de mise. Peintre de la
mémoire mais aussi de l’émotion, la perception de la réalité chez lui n’a
pas lieu uniquement au niveau du champ rétinien ; elle se donne plutôt comme
la synthèse élaborée, comme la somme « métamorphique » d’instants vécus,
d’éléments intériorisés tout au long de l’histoire, et qui se retrouvent
soudain réunis sur la toile, cristallisés par des liens faits lignes fortes,
tons vigoureux et éclatants, par un langage plastique né d’impulsions d’âme.
Lecture plurielle, disions-nous,
où la représentation reste néanmoins le souci majeur : il s’agit de donner à
voir, à sentir, de faire entendre aussi, bref de communiquer : instances
épistémiques et sensitives, auxquelles n’a jamais dérogé la science
peinturale d’El Glaoui. A sa manière, c’est un ordonnateur de tons,
exactement comme on réglerait une partition musicale. La « visibilité » qui
distingue ses œuvres le doit surtout à son sens averti de la lumière.
Génératrice de formes, la lumière accrédite la polyphonie tonale comme
autant de signes du terroir, elle imprègne les personnages, en spécifie la
physionomie, et par là, éloigne l’art d’El Glaoui de tout maniérisme.
C’est dans les portraits et les
scènes cavalières que l’artiste est, semble-t-il, allé le plus loin dans ses
investigations. Du cheval, dont le genre est un pur-sang et dont le modèle
s’origine probablement dans les rêves d’enfance, El Glaoui a quasiment fait
une peinture «orgiaque», appréhendant son motif-fétiche sous tous les angles
possibles et imaginables : spectaculaire, de parade, sensoriel, statique,
cinétique, etc. à coups de croquis, de gouaches, d’huiles, à la fois joyeux
et désespérés, en tout cas fantastiques. Un puissant lyrisme s’en dégage,
ayant la fraîcheur, l’enthousiasme et la fragilité de l’inspiration vraie,
celle-là rendue dans sa manifestation d’éclair.
Loin d’être un art de tout
repos, la peinture de Hassan El Glaoui s’avère avoir été sujette à de
multiples « crises », pour se concrétiser. Il en est de même de ces anodins
bouquets de fleurs, de l’intérieur de l’atelier de l’artiste : le même
procédé technique au niveau des touches, la même fièvre graphique, pour
trouver les bonnes combinaisons de formes et de couleurs, pour maîtriser
l’espace, définir la vision, placer les objets, les spiritualiser, les
habiller de nuances, s’y reconnaître, exister.
Admirable El Glaoui ! Il a
toujours vécu son art de l’intérieur, comme en gestation perpétuelle. Il n’a
jamais proclamé haut et fort aucun professionnalisme, n’a fait partie
d’aucun courant notoire. Héritier d’un passé de contradictions et de
reniements, il n’a voulu en garder qu’un certain charme, il est resté un
libre senteur, et pourquoi pas un libre penseur aussi.
Il a vécu son art - et continue
de le vivre - comme son seul credo, comme une fin en soi, sans jamais
basculer dans l’art pour l’art, puisque de nos jours son travail, dans son
étendue, est profondément impliqué dans le champ plastique marocain.
Consacré et reconnu, il reste le témoignage et la chronique quintessenciés
d’une période historique révolue.
On a souvent dit qu’en art il
n’y a pas de progrès, que l’art, si élevé soit-il, ne saurait saisir chose
plus grande que lui-même. Cela est vrai de Hassan El Glaoui, chez qui,
depuis le départ, le rapport sources-ressources, si dialectique soit-il,
reste la preuve d’une création restée égale à elle-même.
Abderrahman
BENHAMZA
Voir également:
Hassan El
Glaoui, L’Homme & l’Artiste
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