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Peindre pour Aziz
Azrhai c’est travailler la surface du tableau au quotidien. La saturer en des
amalgames d’étendues picturales qui s’imposent comme autant de solutions
possibles esthétiques qui peuvent venir évoquer leur immatérialité. Mais ce qui
paraît d’emblée abstrait figure la nécessité d’être porteusr de signes-mondes,
c'est-à-dire l’idée de faire naître dans cette marée de couleurs, des intentions
de faire émerger des formes qui cherchent à tracer un autre destin de l’informe,
et rendre fertile ce qui pourrait n’être qu’une surface plane sans perception
narrative.
Le peintre étale, immobilise la peinture, puis y
verse de l’eau afin de détruire l’uniformité d’une première couche de peinture.
Pour explorer autrement la toile travaillée à l’acrylique, il rajoute du marbre
à ces états primitifs sous forme de grains, leur donne donne cette brillance et
travaille de sa main ainsi qu’avec une éponge pour enfanter et faire ressortir
des reliefs. Cette technique ne feint aucun vide spirituel possible, faisant que
toutes ces épaisseurs de matériaux étalés par strates seront prêtes à recevoir
des formes lisibles poussant le tableau à raconter des contes, habillés de
silences improbables puisqu’ils semblent s’y faire entendre des échos
d’exhortations sourds aux rêves impuissants. Mais nous y voyons, toutefois, des
traces de dessins suffisamment suggérées pour y lire des équipées Mironiennes.
Chaque fenêtre-tableau s’enracine dans l’idée de
faire régner l’illusion d’un chaos voué irrémédiablement à procréer des figures
faisant écho entre elles, non pas d’une manière expressionniste, mais bien
plutôt dans l’esprit de remplir les diverses couches de peintures dans des
espaces bien déterminés, enfermant ainsi chaque signe-trait dans sa propre
spatialité ; ménageant ainsi un trop plein de faciès miroitant l’agonie de
l’espace pictural. Aucune ombre portée à la lisibilité des contours : des
échelles tirent leur pouvoir de traction vers des ciels sans nuages; parfois
elles se décorent du signe-arbre, du signe tête, des humains sans qu’ aucune
forme conçue de chair aimante ne devienne reconnaissable sinon que par le
pourtour noir. Ils sont suspendus dans l’espace-tableau comme si plus rien ne
les rattache à leur fonction humaine. Nous percevons que le trait de fusain se
grave, s’incruste dans la matière non pas pour imiter la nature mais bien pour
rendre caduque la matérialité des choses.
Aucun pourparler aliénable, des bleus outranciers,
des jaunes mauresques sans aunes d’artifices outranciers supportent avec grâce,
un verre de vin notifié par un trait rouge qui conspire de se vider sans répit
sur une mer bleue, des êtres lilliputiens scrutent une échelle devenue une tête
d’oiseau, suspendus, gravés dans un océan de couleur, on déduirait que leur
existence n’est plus que le résidu d’une configuration spectrale, comme la trace
d’un dessin préhistorique, mais aussi tout comme la ligne spirituelle d’un
Kandinsky où le signe- trait devient l’abstraction du monde visible.
L’anti-dessin révèlera donc l’essence même d’une réminiscence mémorielle vers la
recherche absolue d’un cri intérieur conduisant la main du peintre vers «la
traversées de mondes».
En fin de compte, l’acte de peindre paraît avoir
été réduit à des motifs où les signifiants ne se signifieraient que par la
vision tenaillée par l’absolue nécessité de faire monter, en crescendo, le
déchirement courtois de chuchotements tragiques que nous touchons entre espace
terrien et espace céleste.
Au-delà d’une rhétorique aux promesses verbeuses,
le peintre jette le pari de dialoguer avec l’espace pictural en faisant le vœu
d’une conversation sans fioritures métaphoriques, dans l’infini de nuits
lumineuses. Il médite ainsi dans l’économie d’obscurités entretissées de
vertiges coloriés donnant naissance derrière l’ombre de vocables infernaux,
d’infinis traits baignant derrières des secrets aux sourires amères, divisant,
pleurant un monde décadent.
Françoise Benomar
Historienne d’art
"Passages" exposition d'oeuvres de l'artiste
peintre Aziz Azrhai
11 février - 10 mars, Galerie Mohamed El Fassi, Rabat
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Programmes des expositions et
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Arts Plastiques
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