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Une
surface vierge. De la peinture et des outils. Que faut-il à celui qui va se
dire ou qu’on va dire peintre ? Des émotions ? Des Idées plus ou moins
claires, plus ou moins confuses avec la bonne intention de les "représenter",
de les figurer ? Lui faut-il une dextérité et une maîtrise de la technique ou
ne faudrait-il pas simplement, au lieu de tout cela, un « nom » connu sur la
place pour avoir été acclamé par les médias, et déclaré "créateur d’espaces"
que nul, pas même le peintre lui-même, ne saurait ni pénétrer ni décrire, L’objet
créé et perçu est un ensemble de qualités variées, l’acte de créer est
une affaire non de qualités en surface mais d’intensités en profondeur. C’est
la profondeur qui donne la surface, non l’inverse. Vouloir faire de cet acte
de création artistique un objet de peinture, telle est la gageure d’Abdelghani
Oubelhaj.
L’artiste
se tient à la lisière de la surface qualitative et de la profondeur intensive,
alors la toile vibre… non à cause des émois de celui-ci, émois qu’il peut
par ailleurs fortement éprouver, non à cause des Idées qu’il peut avoir et
partager ou non avec les autres, mais à cause de la toile qui, tout en se
faisant, fait l’artiste. L’artiste est traversé par des séries d’intensités
provenant de ce qui est en train de se faire, non l’inverse. Oubelhaj vibre
(esthétiquement) quand il peint, il ne peint pas quand il vibre
(émotionnellement). Nous pouvons tous vibrer sans peindre, ou, pour beaucoup de
peintres tenaces, peindre sans vibrer. Lui, et les grands artistes de son
acabit, ne peignent pas sans vibrer. En eux, l’œuvre fait l’artiste en se
faisant œuvre.
Peu
importe alors qu’il peigne un rocher, une mer agitée, une dune ou un pli de
serviette. Ce qui nous semble une mer dont la qualité est d’être agitée, n’est
sûrement qu’un courant de séries d’intensités qui traversent et donc font
une goutte d’eau, ces intensités, ces différentiels, sont perceptiblement
occultés par les qualités de ce qui nous semble une mer agitée. Le cœur d’un
banal caillou n’est pas traversé par moins d’intensités que celui d’un
volcan. Les intensités créent toujours, les qualités déterminent, limitent,
fixent des frontières. Le vrai peintre ne montre pas comment est l’objet
peint, ceci nous le savons sans avoir besoin d’un peintre. Le vrai peintre
vise la question de savoir comment se crée à tout instant l’objet peint. C’est
son vrai souci, son éternelle question C’est que les objets ne sont objets
complets que pour notre paresse reconnaissante. Une fois peints, ils vibrent
pour être créés, ils répètent leur moment de création pour s’accomplir,
ad aeternam. Rien n’est fait, tout se fait encore. Achève qui voudra, il y a
encore de l’accomplissement ad infinitum. Oubelhaj l’a-t-il compris ? c’est
sans importance ce qu’il croit. Ce qui nous donne une véritable percée dans
l’univers et l’art pictural c’est ce qu’il fait. Non pas tant ce qu’il
fait, pense-t-il, mais ce qui lui reste à faire. Comme artiste authentique, il
nous étonnera encore. Nous ne le sommes jamais assez. Il m’a murmuré
mi-modestement, mi-fièrement:"j’ai mis au point une technique
personnelle". Je n’ai pas voulu rétorquer, je l’aurais vulgairement
choqué. Je pensai: Cette technique originale effectivement découverte n’est
que le résultat d’une philosophie du point de vue que Oubelhaj a, et que nous
souhaitons qu’il ignorera toujours, car nous avons besoin de lui comme artiste
non comme philosophe. Et Dieu sait si les vrais artistes, moins assagis par le
"bon sens" sont beaucoup plus difficiles à obtenir que les vrais
philosophes, amoureux de la sagesse.
Jamal-Eddine
EL KOCHAÏRI
04/01/2009
Les
dérives de l’instant présent
9 février au 9 mars 2009, Galerie Alif Ba, Casablanca
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles: Agenda
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Arts Plastiques
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