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| L'homme
de la Tour - Amine Bennis |
Les
cimaises de la Galerie Alif Ba à Casablanca abritent du 9 février au 9 mars
2009 les œuvres créatives de l’artiste peintre Amine Bennis, qui nous fait
voir tout un registre iconographique atypique (techniques mixtes, acrylique sur
toile).
Ingénieur
de formation et peintre autodidacte, il a su développer la création plastique
dans son acte pictural primaire et coloré, en cherchant la spontanéité des
formes et des gestes et en menant l’expression libre à son paroxysme.
Les
figures géométriques épurées et les fragments polyformes en couleur de Chine
dégagent une profonde sensibilité et recèlent une grande soif de gestualité
et de picturalité intense. C’est tout un code symbolique à scruter et à
décortiquer.
Les
nuances restent la matrice des peintures et des sculptures voire le fil
conducteur de leurs paradigmes en termes de formes et de couleurs: "Lorsqu’on
scrute une de ses œuvres, on s’aperçoit que le peintre nous a à la fois,
séduits et piégés. Il nous a séduits par l’usage des couleurs extrêmes,
des signes cabalistiques nous entraînant dans un méandre de courbures
fracturées, des nuances singulières, esthétiques donnant à l’ensemble de l’œuvre
une logique qui fait appel à l’esprit et une incohérence qui fait appel à l’émotion.
Il nous a piégés en nous faisant croire à la facilité esthétique alors qu’il
nous a emprisonnés, sans que l’on se rende compte, dans une réflexion
silencieuse et méditative pour déceler le langage et la destinée. Si l’on
transcende le symbolisme du signe, l’intensité de l’expression, pour
échapper au labyrinthe qu’il nous a malicieusement imposé, on découvrirait
alors l’archimagie d’une cabale, pleine de fascination rarement dissipée. C’est
une énigme à clef que le peintre nous propose tout en nous entraînant vers un
monde onirique où chacun retrouvera, enfin, une victoire apaisante. »,
souligne Mohamed Berrada, avocat et féru d’art.
Les
nuances, fortes et mobiles, incarnent les états d’âme de l’artiste animé
par la volonté d’aller plus loin de son aventure picturale. La couleur
coraline exprime si bien l’éloge à l’inquiétude et le souci de l’incertitude
au sens existentialiste du terme.
Ciseleur
de l’image, Amine Bennis bascule le code conventionnel de la configuration
pour nous révéler les dérives de l’instant présent via un plaisir
inconscient à revivre l’innocence créative de l’enfance. A ce propos, l’artiste
nous a confié: "Je cherche à générer une expérience visuelle nouvelle
en déstructurant les formes, espérant ainsi surprendre le regard du
spectateur. Un magnifique espace de liberté. C’est vrai que ma rencontre avec
l’art brut a été une véritable révélation. J’ai été fasciné par la
démarche de Jean Dubuffet, véritable précurseur de l’art brut dans les
années 40 et grand artiste. Avoir eu le courage de mettre en avant et d’imposer
des oeuvres si peu académiques et en décalage avec tous les courants de l’époque
était un véritable défi, aujourd’hui parfaitement réussi. En ce qui
concerne Cobra (mouvement avant-gardiste des années 50 et initiales de
Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), j’ai été marqué par les expositions des
oeuvres de Corneille et Alechinsky, durant mes 10 années passées à Bruxelles.
Même si la démarche n’est pas la même, toutes ces oeuvres possèdent en
commun une très forte charge émotionnelle véhiculée le plus souvent par des
couleurs très intenses et une approche figurative propre à chaque artiste et
simplement inclassable. Les couleurs sont comme des notes de musique qu’on
essayerait de mettre ensemble pour composer une mélodie « visuelle ». Il faut
parfois en utiliser plusieurs pour créer le rythme et l’effet d’équilibre
recherchés".
Dans
cette logique de réflexion, Amine Bennis a écrit également : "Je vois
des formes et des visages partout dans la nature. Tout est prétexte à peindre.
La plus banale des taches se transforme par nécessité en regards, en
sentiment."
La
démarche plastique de cet artiste peintre répond pertinemment à la lignée de
l'art brut qui regroupe des productions réalisées par des non-professionnels
de l'art œuvrant en dehors des normes esthétiques convenues. A ce titre,
Houssein Talal, artiste contemporain de renom a écrit: "Quand je vis pour
la première fois en 2004 les travaux d’Amine Bennis, artiste autodidacte, j’ai
tout de suite vu qu’il s’agissait d’une expression coloriste de nature
fortement expressionniste. Cela m’a fait repenser à ce grand courant appelé
Cobra, né en Europe en 1945, dont les ténors étaient Appel, Corneille et
Constant. C’est un art de libre expression donc de libre figuration."
La
force du graphisme d’Amine, la fougue du trait et son travail sur la couleur
relèvent aussi d’un désir "d’art brut", un mouvement initié par
Jean Dubuffet, fondateur du musée d’art brut à Lausanne. Le critique d’art
Jean-Clarence Lambert parle de "mise en symbiose des formes modernes avec
les formes populaires". Ces artistes créent des images parce qu’ils en
ressentent le désir et le plaisir, sans se soucier d’autre chose que de
créer des images. Au Maroc, ce style "art brut" se fait encore trop
rare. Seule ma mère Chaibia, faisait partie de cette "école"
prestigieuse, qui a connu et connaît encore une grande audience internationale.
Je suis content de voir qu’Amine Bennis apporte avec beaucoup de talent sa
pierre à l’édifice", précise Talal.
A
titre de rappel, la Galerie Alif-Ba a été créée en 1982 par Hossein Talal et
Chaibia. Elle a depuis de nombreuses années multiplié les activités avec une
évidente volonté d’originalité, de diversification et d’ouverture
au-delà des frontières, des genres, sans a priori ni tabous. Cet espace a
exposé une pléiade de peintres nationaux (Chaibia, Belkahia, Bennani, Qotbi,
Kacimi, Boutaleb…) et internationaux (Cabot, Bertholo, Osa Sherdin, Natasha
Pavel, Brach, Michel Barbault…). Le cadre de la galerie tranche par son
caractère baroque et Talal qui est un expert en meubles anciens l’a décorée
comme un lieu davantage privé que public, lui conservant une configuration en
petites pièces plutôt qu’en espace vaste et unique, d’où une plus grande
possibilité d’exposition et de mise en valeur de nombreux formats.
Abdellah
Cheikh
04/01/2009
Les
dérives de l’instant présent
9 février au 9 mars 2009, Galerie Alif Ba, Casablanca
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles: Agenda
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Arts Plastiques
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