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La
Galerie Fatma Jellal abrite jusqu'au 5 mars 2009 l’exposition contemporaine de
l’artiste plasticien Faouzi Laatiris réalisée in situ et entièrement
produite par la galerie.
Scénographe, sculpteur et installateur, l’artiste a pu sciemment meubler un
espace insolite hors du commun: objets hétéroclites, univers fantastiques,
connotations d’ordre symbolique, sculptures merveilleuses …
A
l’entrée, une surprenante installation en glace dont la forme rappelle celle
de la benne à ordures. Miroir impressionnant, ce container trapézoïdal nous
invite à repenser notre environnement collectif et remettre en question notre
espace urbain. Cette forme de la benne s'est imposée à l’artiste depuis
quelques années déjà et cela sous forme de dessin, de gouache et de gravure,
mais c’est pour la première fois qu’il la présente à travers le processus
de la préparation des plaques de verre pour souligner la transparence et rendre
légère "la monumentalité" de la forme.
Tout
en face, deux façades en métal monochromes (feuilles d’or et peinture rouge)
conçues pour atténuer l’effet choquant de la benne /container et nous fait
voir l’autre grand choc iconographique: un alignement de chevaux ailés et à
tête humaine (pégases nommés Bouraq) dont les visages représentent l’effigie
des personnages historiques ou contemporains qui ont fait l’histoire de la
connaissance humaine universelle (l’artiste Joseph Beuys, le poète illuminé
Omar Khayyam, le musicien virtuose Mozart) sans oublier la représentation
sculpturale de l’artiste et de Fatima, la galeriste.
Les
chevaux de Laatiris en volume (fibre de verre, résine, marbre, métal et poudre
d’or) sont moulés entièrement d’un blanc immaculé et marqués par des
touches dorées qui font référence, au point de vue symbolique, au monde
spirituel et sacré de l’art et de la culture. L’artiste est soucieux de
mettre en scène le rapport interactif entre la peinture et la sculpture, en
dégageant tous les éléments afférents à la plasticité au sens propre du
terme. Il s’agit d’un travail élaboré et structuré en termes de
conceptualisation et d’expérimentation. Voir les travaux de cet artiste, c’est
savoir comment contempler et vivre avec leurs sens cachés voire leurs beautés
latentes.
"La
transparence, la fragilité, l'inachevé et la légèreté viennent
matériellement en opposition à l'image à l'objet qu'elles «re-présentent»
avec inspiration. ...tous les éléments et objets, que j'emploie ou que j'ai
employés, sont choisis, certes pour leurs matières, leurs formes mais aussi
pour la mémoire collective qu'ils réactivent; la réflexion, le «sens», a
une grande importance dans mon travail, mais pas plus que la recherche d'une
qualité «poétique» liée à l'agencement des éléments-objets,"
souligne l’artiste.
En
travaillant sur la mémoire tatouée, Laatiris a bien conçu une série de
petits formats, qui nous font penser aux images emblématiques de notre enfance
et à nos temps perdus (Sidna Soleimane avec son sabre, Adam et Eve, le pommier
et le démon grimé en serpent tentateur, Abraham sur le point de sacrifier son
fils …).
A
l’étage, un billet de 2$ plié en hexagone et richement encadré au même
titre que les autres tableaux de l’étage. Ce billet – container dénote la
crise financière mondiale. On retrouve également la représentation d’un
manuel scolaire en arabe «Iqraa de Boukmakh» (objet cadre, collage), un clin d’œil
sur notre enseignement primaire.
L’artiste
a bien voulu boucler son exposition par un diaporama - vidéogramme qui se
présente comme un kaléidoscope d’images hybrides et détournées de leur
sens premier, ce qui suscite l’interprétation et la lecture polysémique.
Cette exposition connotative se veut un hymne plastique à l’imagerie
populaire et aux premières sources de notre iconographie universelle, et ce
d'après les codes fascinants de l’art contemporain. En ce sens, les œuvres
exposées sont un questionnement profond sur l’espace vécu, le statut de l’image
et les différents modes de représentation. Un sens de la scénographie et du
design conditionne l'expression vive rendue à travers signes et allégories,
tout en mettant en valeur les repères identitaires caractéristiques de l’ère
de l’image.
Le
pacte pictural et sculptural de cet artiste chercheur est un bel exemple de la
représentation iconographique inédite reposant sur le détournement et le
minimalisme. Les couleurs réalistes et symboliques sont sciemment traitées
dans une atmosphère conviviale, mais combien problématique. Laatiris aborde
des scènes familières et étranges avec un symbolisme exacerbé. Cette forme
de représentation contemporaine de bon aloi vacille entre le néo-réalisme et
l’expressionnisme abstrait.
Les orientations esthétiques de cet artiste sont nimbées de cette lumière
toute particulière, authentiquement spirituelle certes, mais elle oscille entre
le profane et le sacré, tout en exprimant la double nostalgie d’ici et d’ailleurs…
Il brise les frontières arbitraires entre le sujet et l’objet, le signifiant
et le signifié.
Il
affectionne les petits formats qui deviennent une sorte de signature
personnelle, et ses sculptures et installations semblent à chaque fois
restituer un univers merveilleux dont les thèmes touchent sciemment aux choses
les plus humbles et vulgaires.
Le
travail plastique de Laatiris est notamment caractérisé par une tendance
réflexive à noter les concepts, la complexité des images plutôt que l'aspect
codé et conventionnel des choses. Il présente la vie et la mort de l’image
au pluriel. A l’instar des artistes contemporains, il nous propose un langage
autonome basé sur la conceptualisation, et les métaphores des signes et des
symboles. Il soulève des problématiques esthétiques d’actualité (travail
sur le corps, la face et le dos, travail sur l'inachevé, l'opacité,
l'équilibre précaire, la provocation, la séduction, le tabou …), mais de
manière choquante et captivante qui force l’estime et l’admiration.
28/01/
2009
ABDELLAH CHEIKH
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles: Agenda
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Arts Plastiques
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