|
C'est
aux plaques de frigidaires récupérées ici et là dans les ruelles des
quartiers de Marseille que Maoual, bien enraciné dans la ville phocéenne,
confie ses interrogations artistiques et existentielles. Dans son atelier ouvert
sur la vie du vieux port, l'artiste éventre les parallélépipèdes blancs pour
en extraire les supports de son activité de graveur. Les plaques de frigo sont
d'abord débarrassées des accessoires inutiles, dépliées, découpées,
martelées, trouées…bref, elles subissent toute une série de procédures
techniques liées davantage à l'activité de sculpture qu'à celle spécifique
de la gravure.
Ensuite
seulement vient le travail de la gravure, et l'artiste dessine alors
spontanément, à l'aide de différents outils tranchants, des figures de formes
variées. Il gratte l'écorce émaillée pour y ouvrir des sillons, la griffe,
la scarifie jusqu'à retrouver la tôle à offrir au travail des acides pour en
produire divers effets de matières. Aux nombreux passages par le bain d'acide,
succèdent ceux des différents encrages. Patiemment, lentement, couche après
couche, passage chromatique après l'autre, la gravure prend vie. Toutes ces
phases nécessitent un savoir-faire qui ne peut s'acquérir que sur la base
d'une pratique de longue haleine.
Chez
ce graveur, les lointains se rapprochent et se conjuguent. Le neuf et l'ancien,
les traditions picturales, les modernités du Maghreb et de l'Europe
s'interpénètrent. Toutes sortes de ressourcements, d'idéogrammes,
d'interférences et de symboles se dédoublent, se mixent ou bien s'affrontent.
On aperçoit sur ses planches des myriades de détails, une intense
chorégraphie. On déchiffre des silhouettes, des deuils, des échardes, des
naissances, et des ombres qui peuvent évoquer la haute Égypte ou bien les
fresques du Tassili. Simultanément, on rencontre du bruit et de la fureur, des
éblouissements, des greffes et des surgeons, des épisodes périphériques, un
arsenal de guerre moderne, un téléphone portable ou des débris d'ordinateur.
Tout
ce qui peut émouvoir et chambarder un corps humain, ses joies charnelles, ses
accidents, ses mutilations, ses transes, ses disputes et ses délivrances, ses
espoirs de filiation ou bien son vieillissement se retraduisent et se
répercutent sur des flaques de couleur dont les nuances et les compositions
sont extrêmement raffinées, à l'intérieur desquelles les noirs et les blancs
qui sont largement prépondérants, peuvent se distendre, se grisonner ou bien
se bleuter.
"Maoual"
exposition des œuvres de l'artiste peintre
8 - 31 janvier 2008, Galerie de l’Institut français, Rabat
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles: Agenda
Retour page
Arts Plastiques
|
|