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Simples,
fortes et très délicates à la fois, les œuvres de ce peintre chercheur, né
en 1966 à Assilah et qui vit aujourd’hui en France, nous invitent à naviguer
dans un monde mouvant bercé entre l’eau forte et le henné sur toile… Un
monde passionnant qui révèle sagement une sensibilité particulière, une
certaine maîtrise d’une écriture bien personnelle et un tissu vivant qu’on
toucherait des yeux et de la main.
A ce propos, Tzvetomira Tocheva, critique d’art, a écrit: «Faire
connaissance du virtuel à travers un vocabulaire de formes qui semblent évoluer
sur la feuille devant mes yeux, c’est plus qu’une aventure, mais un précieux
apprentissage de l’organique en art. Découvrir Abdelkader Melehi, c’est
plonger dans un microcosme vivant, comme venu d’ailleurs, parlant un de ces
langages d’autrefois qu’on ne peut pas forcément comprendre, mais qu’on
peut appréhender par chaque souffle renvoyé au contact mutuel établi.
Le vrai chez lui est instinctif, tel le code génétique inscrit en chacun de
nous, transparent dans chaque cellule, membrane, tissu, ces lignes innombrables
semblent tracer des sillons inconnus vers un ailleurs qui a existé et qui
existe, invisible, mais que nous n’avons pas encore eus l’occasion
d’atteindre dans la dimension proposée. On peut y voir du symbolisme, comme
de l’ethnographie, ou encore, des reflets archéologiques d’un passé
ressuscité et mis en suspens d’un futur supposé, pourtant reconnaissable en
son essence humaine, viable et disponible pour une multiplication à l’infini.
Présent par fragments, mais perceptible en totalité dans chaque coin, chaque
morceau de tissu chargé de pigments naturels, l’élément humain s’y
retrouve en complète possession d’une autonomie d’existence singulière.
Son être : une chair esquissée par le tracé linéaire, dont la serpentine ne
cesse de promener l’œil, le faisant sursauter afin de parcourir la totalité
de la surface, dépourvue de tout artifice gratuit. Géométrique et réductible,
son espace de vie semble prisonnier d’une vision évolutive, toutefois libre
et circulant, sans arrêt vers cet ailleurs dont les codes si familiers viennent
à nous, plastiquement résumés.
L’être organique est ici disséqué et rétabli à la fois, rendu pièce et
espace, contour et enveloppe, mémoire et histoire. En minimaliste envahissant,
Melehi refuse le détail pour privilégier le message du tout accompli, quoique
délicatement suggéré que par l’essentiel. Aller à la synthèse par différentes
visions et angles pertinemment choisis n’est pas seulement le caprice du
plasticien saturé. Sa démarche relève d’un hommage à la vie et sa
puissance de renouvellement perpétuel, dans la curieuse et authentique
perception de la matière rendue tel l’effet de peau, relief et consistance.
Sa technique, définie par «… dessiner avec une seringue, c’est ce qui me
permet d’obtenir le trait recherché, autant sur son épaisseur/ relief que
dans la liberté de mon geste. » est en effet un mélange de colle acrylique,
colle animale (peau de lapin), de henné et de pigments sur support toile ou
papier ou les deux ensemble pour finaliser un rêve atteint : dix ans et toute
une vie à la fois, d’accomplissement d’une universalité dans le sublime de
sa simplicité naturelle.
Sur le parcours artistique de Abdelkader Melehi, Edmond Amran EL Maleh, écrivain,
a bien précisé : «J’ai toujours souhaité qu’Abdelkader Melehi puisse,
enfin, avoir l’occasion d’exposer ses travaux en une exposition qui lui soit
consacrée, non pas seulement une participation occasionnelle comme ce fut le
cas à Marrakech. J’ai dit enfin que vivant à Angoulême, il a déjà eu
l’occasion de présenter ses travaux, mais pas ici. Je me réjouis donc que
maintenant Abdelkader puisse exposer ses derniers travaux, grâce à la Galerie
Nadar de Leïla Faraoui qui, très heureusement, a repris ses activités, fidèle
en cela au rôle important qu’elle a joué dans l’histoire de la peinture
marocaine. Si j’ai exprimé ce souhait, ce n’est pas par sympathie ou amitié
à l’égard d’Abdelkader. Il est difficile de procéder par affirmation
distribuant à tort et à travers la louange, comme c’est le cas maintenant
pour certaines critiques, au risque de perdre toute crédibilité”.
Les toiles exposées disent déjà à elles seules qu’on est en présence
d’une œuvre de peinture authentique une œuvre qui parle, dit un certain
bonheur, un plaisir, fruit d’une création esthétique qu’il faut découvrir
lentement, entrer en communication avec elle. Les premiers travaux traduisent
d’abord le désir, la volonté de rester dans la peinture proprement dite,
dans l’espace de son originalité et de son langage, alors que généralement
parlant, pour les peintres de cette nouvelle génération, hommes et femmes,
relativement jeunes en âge et en pratique, le conceptuel, l’installation de
toute autre démarche signifiant la fin de la peinture, c’est ce qui exerce le
plus grand attrait sur eux. Sagement jusqu’ici, silencieusement comme il est
de nature, Abdelkader peint, anime la surface de la toile, lui imprime à la
faveur d’une certaine monochromie et signes intégrés, un relief, des
vibrations, des pulsations comme s’il s’agissait d’un tissu vivant qu’on
toucherait des yeux et de la main.
Ce sont là des prémices, les premiers fruits d’une œuvre à ses
commencements et qui déjà révèle une sensibilité particulière, une
certaine maîtrise d’une écriture bien personnelle.
Ce en quoi Abdelkader s’annonce comme peintre, très attentif à cette matérialité,
source de poésie et d’émotion qui serait sans doute l’ultime secret de la
peinture. Encore faut-il savoir en explorer les virtualités, mais Abdelkader ne
s’en tient pas là. Il aborde une nouvelle expérience qui constitue une
heureuse surprise, un geste d’audace quand même, taillées dans le même
tissu ou mieux à partir de ces matériaux peints, il nous livre ce qui à bon
droit serait représentatif de véritables sculptures. J’ai là sous les yeux
une toile, assez étonnante, montrant deux longues jambes, l’une tendue,
l’autre repliée, peuplant tout l’espace de la toile, un certain humour, le
contre-pied du classique portrait. Le même thème est repris, cette fois
verticalement, deux personnages marchant ensemble, mais vus des jambes
uniquement.
Il n’est pas possible de décrire ce jeu sur des formes brisées, où
l’imagination se donne libre cours. Parfois, on croit déceler l’esquisse de
statuts, de sculptures africaines. Si bien sûr, il n’y a pas de ressemblance
effective, il y a tout de même des ressemblances non sensibles, pour reprendre
la formule employée par Walter Benjamin.
Autrement dit, il y a cette liberté créatrice qui anime les arts premiers
africains. Il y a aussi ce climat et ces nuances d’une certaine terre. Il est
dit qu’Asilah aura donné naissance à bon nombre de peintres et non des
moindres de Mohamed Melehi à Khalil El Khrib, et ce indépendamment de toute
institution ou de retombées d’un festival quelconque. De la blancheur aussi
radicale qu’une ascèse à la puissance démoniaque du chergui, ce cousin du
vent saharien.
De là nous vient Abdelkader, les mains pleines de promesses pour notre grand plaisir».
Abdellah
CHEIKH
16/04/2007
"Abdelkader
Melehi" travaux récents l'artiste-peintre
19 avril - 5 mai 2007, Galerie Nadar, Casablanca
Voir également:
Mohammed
Drissi, Hommage à un Rêveur à Pinceau
Programmes des expositions et
spectacles: Agenda
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