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1-
L’artiste
entretient, à l’instar des créateurs en général, une relation de préférence
avec une collection d’œuvres artistiques qu’il collectionne lui-même.
C’est sa propre manière de construire un monde qui l’entoure. Dans sa
maison et son atelier, commencent les
premiers pas qui font de l’amitié artistique un modèle pour sa vie
quotidienne. Des premiers pas enthousiasmés ou méditatifs. Ils ouvrent
l’horizon vers ce que l’artiste deviendra ultérieurement, dans sa vision
esthétique et critique de la pratique artistique. Des pas suivis d’autres
pas. Sans fatigue. Et dans chaque moment il y a ce qui permet aux œuvres
collectionnées de se mouvoir vers
l’avenir, guidées par un dynamisme où se réalise l’interaction entre le
passé et le présent, la tradition et l’expérience, le familier et l’étranger.
Chaque
créateur, préparé au dialogue, est partie prenante dans cette conduite. Par
la lucidité de sa sensibilité artistique et la précision de sa vision esthétique,
il choisit, petit-à-petit, des œuvres dont le hasard lui a fait don, ou
qu’il s’est mis lui-même en devoir de chercher. Le peintre, dans ce sens,
se démarque des collectionneurs des œuvres d’art, qui s’en servent selon
le but qui les a poussés à les collectionner. Autant il ressemble à la catégorie
des collectionneurs, autant il s’en différencie par la particularité du
choix qui est le sien dans la collection des œuvres. Son penchant se caractérise
par l’exactitude de la méthode, qui se manifeste dans la nature des œuvres
qu’il collectionne et par la procédure qu’il suit dans la collection des œuvres
et dans leur conservation. Sa responsabilité dans la collection des œuvres ne
compte pas moins que celle qu’il engage dans la réalisation de ses œuvres
personnelles. D’un côté, il donne valeur aux œuvres qui seraient en marge
de toute considération dans le champ de l’échange. Dans l’étranger,
l’oublié, le délaissé, l’inconsistant, l’artiste retrouve
habituellement ce que la doxa récuse ; ce à quoi il s’oppose
et qu’il renie. L’artiste, d’un autre côté, s’attache à collectionner
des œuvres des artistes contemporains ; ce qui est une marque de respect
pour eux, ou une mise en valeur d’une mémoire commune, ou encore un désir de
garder pour lui un certain secret qui distingue particulièrement quelques œuvres.
Dans
une telle action, naît une amitié entre le peintre et ses œuvres collectionnées.
Celles-ci qui témoignent de l’audace de celui qui cherche l’unique et
l’aventurier, pénètrent chez lui, dans son atelier, à l’instar d’un hôte.
Il leur prépare l’espace de l’hospitalité. Hospitalité de l’amitié et
du dialogue. Les portes des chambres sont ouvertes. Les murs et les étagères.
Respect de leur vie antérieure, pour ce qui est de la luminosité, de
l’exposition et de la conservation, afin que les oeuvres éprouvent la félicité
dans la maison d’un peintre qui les accueille avec jubilation et extase. Elles
ont le droit de se promener dans les niveaux du même espace. Elles se déplacent
d’un mur à un autre, d’une luminosité à une autre et d’un convive à un
autre. Dans chaque période, elles vivent dans la maison ou dans l’atelier
comme si elles menaient la vie du voyageur entre des temps, des goûts, des
styles, des expériences et des aventures. Elles ont la liberté d’être dans
l’hospitalité d’un peintre qui entame avec elles un dialogue à des moments
qui ne sont limités ni par un rendez-vous ni par une habitude. C’est un
dialogue qui se poursuit en pleine surprise entre lui et elles. A des moments où
il faut se préparer à la peinture ou au repos. Des moments d’une veillée,
de la lecture d’un livre ou de l’écoute d’une musique. Des moments de réjouissance
ou de désolation et de contraction. Les moments sans limites sont les moments
du dialogue. Et elles, dans tous les moments, sont présentes en pleine
possession de leur liberté, qui est celle de
leur vie. Elles et le livre. Elles et la musique. Une famille qui vit dans l’échange
du regard et de l’écoute.
Pendant
des années le peintre s’attache à collectionner une quantité d’œuvres.
Il ne s’arrête jamais. Sa capacité à collectionner est pareille à sa
capacité pour la peinture et la production artistique. Et Elles,
s’enrichissent de temps en temps d’autre œuvres, qui les illuminent comme
elles illuminent l’univers du peintre dans son dynamisme. Quelque chose surgit
de ces œuvres collectionnées dans leur ensemble. Disons que c’est
le choc, ou le secret. Les deux se rejoignent dans l’intime que le
peintre continue à chercher, en lui donnant le temps de formuler ce qu’il ne
dit qu’à ceux qui en possèdent et conservent le secret. Dans un clin d’œil
surgit cette chose, scintille, tourbillonne, arrache le souffle de sa quiétude,
auquel il se serait confié, après une vie de familiarité.
2-
Ainsi
observais-je Fouad Bellamine pendant mes visites, que je lui rendais dans sa
maison ou dans son atelier, depuis les années soixante-dix jusqu’à présent.
Toujours, je le trouvais désireux d’ajouter une nouvelle œuvre à sa
collection précédente. Toujours, il partageait avec l’ensemble des œuvres
collectionnées la même amitié et la même joie. Pendant la visite, il nous
arrivait de mêler notre discours sur les arts et la pensée à l’attention
que nous prêtions à une ligne, une couleur, ou une lumière dans une œuvre de
la collection. Maintes fois, notre discours se trouvait plus axé sur ces œuvres
que sur les œuvres du peintre. Par plaisir il désigne un détail dans une œuvre
pour me montrer ce qu’il en voit ou sur quoi il médite ou sur quoi il réfléchit
lorsqu’il aborde la peinture et sa conception de la modernité artistique.
Pendant les visites répétées, je ressentais le plaisir de celui qui découvre
ce qu’il n’était pas capable de découvrir dans une œuvre artistique, à
savoir la force que la peinture possédait et possède dans la mise en place
d’une vision artistique en relation avec le monde, que nous vivons sans tenir
compte de sa densité. Et dans sa vision, le monde artistique s’élargit pour
atteindre l’infini, qui transgresse, par sa lumière, la paresse de notre pensée
sur le secret de la création.
Et
voici que Fouad Bellamine propose aux amateurs des arts plastiques sa collection
personnelle. Il l’expose à l’extérieur de sa maison et de son atelier pour
associer les autres au dialogue avec des oeuvres qui appartiennent à des expériences
et à des temps différents. Par là, il nous présente sa conception de
l’amitié artistique, à travers une vie d’aventure. Et ce à quoi nous
assistons, dans cette exposition, va au-delà
du regard que l’on porte sur des œuvres que l’artiste avait
collectionnées. L’exposition rappelle que la collection du peintre croise ses
œuvres personnelles et fait apparaître leur côté caché. Dans l’accueil
des tendances différentes et contradictoires, réside le secret de l’œuvre
artistique personnelle. Gérard de Nerval n’a-t-il pas écrit : « Je
suis l’autre »?
Mohammed
Bennis
Mohammedia, le 2 octobre 2006
Traduction de l’auteur revue par
Abdelmajid Benjelloun
Voir également:
Programmes des expositions et
spectacles:Agenda
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Arts Plastiques
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